XXIII
Mais, pour que ce trône imaginaire devînt une réalité, il fallait que le sol de l'Europe fût raffermi sous tous les trônes, et que le sol de la France pût porter le sien. Liquider les guerres de la république et remettre le gouvernement consulaire en société diplomatique avec l'Europe entière, c'était donc la nécessité habile du premier consul, comme c'était l'instinct traditionnel de M. de Talleyrand. L'intérêt du consul et la pensée du ministre travaillaient dans un parfait accord à cette oeuvre préliminaire de toute reconstitution d'une monarchie. Aussi ces premières années du consulat, fécondes en négociations, en congrès, en traités de paix, en alliances provisoires au moins avec toute l'Europe, furent-elles les plus laborieuses et les plus prospères de la vie du prince de Talleyrand. C'est dans ces négociations incessantes, discutées dans le cabinet avec le premier consul, élaborées en conférences, en notes ou en dépêches avec les cours et les ministres, conclues avec les puissances, exposées devant les corps délibérants, que M. de Talleyrand fonda la haute autorité de son génie diplomatique. C'est de ce moment que son autorité politique se consacra aussi en Europe; c'est de ces succès multipliés en affaires européennes que le nom de la diplomatie et le nom du grand diplomate ne furent pour ainsi dire qu'un seul nom.