VIII - IX
Ces six mois écoulés, la monarchie d'Orléans n'existait plus.
Jamais une prévision si simple aurait-elle échappé à M. de Talleyrand? et, s'il eût vécu alors, n'aurait-il pas dévoilé à Louis-Philippe la ruine qui se cachait sous cette apparente consolidation de son trône?
La république de 1848, étonnement soudain de l'Europe et de ceux-là même qui la saisirent pour la diriger, eut à délibérer inopinément, le lendemain d'une révolution complète, sur la diplomatie qu'elle adopterait à la face de la France et du monde.
Appelé par le hasard à formuler et à motiver en une seule nuit cette diplomatie, dont tous les liens et toutes les traditions venaient de se briser en un seul jour, je ne manquai pas d'évoquer en silence l'esprit de l'Assemblée constituante, qui avait toujours été l'âme de M. de Talleyrand tant que Napoléon avait souffert la sagesse dans ses conseils, et je me demandai, avant d'écrire le manifeste de la république au dehors, quel serait dans ce cabinet, plein de ses souvenirs et de sa supériorité, l'avis de ce grand héritier du cardinal de Richelieu, du duc de Choiseul et de Mirabeau. Voici ce que je me répondis, en croyant véritablement entendre la voix creuse et impassible, la voix lapidaire de l'oracle des cabinets: