‹ Cours familier de Littérature - Volume 10Chapitre 134 sur 158 · VII

VII

Un autre ministre, dont le seul défaut était de ne douter jamais de lui-même, conseilla au roi de chercher le prestige de sa maison dans des alliances matrimoniales en Espagne. L'ombre de Louis XIV apparut dans le cabinet révolutionnaire des Tuileries. L'Espagne se prêta à cette illusion; tout le parti orléaniste s'écria unanimement que la monarchie illégitime était pour jamais légitimée par cet acte de foi de la cour d'Espagne dans la solidité du trône de Juillet.

Je me souviens du jour et de l'heure où le ministre de la maison d'Orléans tira le rideau qui voilait cette négociation et cette alliance, et où le pays jeta un cri d'admiration irréfléchie à l'aspect de ce chef-d'oeuvre.

Il y avait une nombreuse réunion d'hommes politiques de toutes nuances, encore vivants, chez moi ce jour-là. «Eh bien, qu'en dites-vous?» me disaient quelques-uns d'entre eux avec un air de triomphe. «Écrivez, leur répondis-je, que d'ici à six mois la maison d'Orléans aura cessé de régner en France.»

Ils sourirent d'incrédulité, comme on sourit à un paradoxe. J'eus quelque peine à leur faire comprendre qu'un pacte de famille était un contre-sens diplomatique à une monarchie élective et révolutionnaire en France, que la nation se soulèverait inévitablement à cette nouvelle, comme à une déclaration de guerre au principe révolutionnaire de Juillet, et que des défis d'opinions répondraient promptement au dedans à ce défi diplomatique de la couronne.

Quant au dehors, il me fut moins difficile de leur démontrer que l'Angleterre considérerait immédiatement ce pacte de famille en Espagne comme une déclaration de guerre à ses influences à Madrid; que Louis-Philippe lui paraîtrait un transfuge de son alliance dans une alliance dynastique indépendante de l'Angleterre, et qu'à partir de cet acte (prise de possession de l'avenir en Espagne, pierre d'attente de l'union des deux monarchies, la France et l'Espagne), le cabinet de Londres abandonnerait le cabinet d'Orléans à l'animadversion des puissances du Nord, animadversion que l'Angleterre seule avait contenue jusqu'à ce jour.