‹ Cours familier de Littérature - Volume 10Chapitre 143 sur 158 · XVIII

XVIII

On a inventé plus tard le principe de l'ambition toujours légitime des cabinets, pourvu que cette ambition _per fas aut nefas_ eût pour objet et pour résultat l'agrandissement de la puissance, ou dynastique ou nationale, des États; le principe de l'accroissement illimité et toujours légitime des peuples ou des rois, faux principe qui ne se résume que dans ce qu'on a appelé la monarchie universelle, principe qui a été porté à son apogée par les Grecs sous Alexandre le Grand, par les Romains sous les consuls et les Césars, par les Barbares sous Charlemagne, par les Arabes sous Mahomet, par les Espagnols et les Germains sous Charles-Quint et sous Napoléon, principe qui a été chaque fois démenti par le soulèvement du genre humain contre ces ambitions du monde, qui, non contentes d'aspirer à le fondre dans l'unité de la servitude, aspiraient encore à assujettir d'autres planètes pour que l'infini de leur orgueil remplît l'infini de l'espace! La Providence a soufflé pour toujours sur ce principe de l'accroissement indéfini des peuples, et il n'en est resté qu'un peu de noms et beaucoup de cendres. L'unité de l'univers dans la servitude est le rêve de l'homme; la diversité dans l'indépendance est la loi de Dieu.