‹ Cours familier de Littérature - Volume 10Chapitre 151 sur 158 · XXVI

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Tant que la Révolution fut philosophique, théorique, monarchique, libérale, elle eut dans l'esprit de Mirabeau et de M. de Talleyrand, lumières de l'Assemblée constituante, l'alliance anglaise pour principe; c'était le génie de la Révolution. La Révolution n'avait pas pour objet et pour but un accroissement de limites pour la France. Il ne s'agissait pas pour elle de conquérir du territoire, mais des idées. On se groupait par similitude d'idées, et non par similitude d'ambitions. On prévoyait que l'Allemagne, monarchique, ecclésiastique, absolue dans ses éléments, serait promptement en antipathie et bientôt en hostilité avec une nation libre, démocratique, peut-être républicaine; on devait donc chercher ses alliés dans la libre et représentative Angleterre. On y tendit résolûment; M. Pitt y inclinait lui-même. La Révolution, devenue radicale, militaire, terroriste, conquérante, brouilla toute diplomatie. L'Angleterre elle-même retira sa main de la main de M. de Talleyrand, de Danton, de Dumouriez. Il n'y eut plus de diplomatie entre les rois et entre les peuples. Les tempêtes n'ont plus de boussoles: on va où elles veulent; on échoue ou on aborde où l'on peut.

Ce ne fut pas l'Autriche qui attaqua la première la république: ce fut la Prusse. L'Autriche patienta autant qu'elle put: il lui répugnait de combattre la France, dont la ruine ne pouvait profiter qu'à la Prusse et à l'Angleterre; et, quand elle fut obligée de suivre le mouvement allemand dans les Pays-Bas, l'Autriche nous combattit mollement et comme à regret. Elle ne combattit avec toutes ses forces que pour l'Italie et en Italie. Vaincue et victorieuse tour à tour, puis expulsée enfin de la Lombardie par Bonaparte, elle eut un tort de caractère ineffaçable, c'est d'accepter Venise des mains de Bonaparte comme prix de la paix, complice ainsi et recéleuse d'un État indépendant qu'elle n'avait pas conquis, qu'elle n'avait pas droit de conquérir et dont elle ne pouvait accuser l'usurpation, puisqu'elle consentait à en faire l'objet d'un trafic avec Bonaparte. Voyez comme tout s'expie, en diplomatie comme en morale, par ce qui se passe en ce moment! Embarrassée de la possession de Venise, elle n'ose ni la répudier ni la défendre. La France, de son côté, n'ose ni enclaver Venise dans sa paix ni l'en exclure. Le temps est lent, mais il est juste. Les deux diplomaties de Campo-Formio s'expient par cet embarras mutuel.