XXVII
La diplomatie de l'empire, tant qu'elle fut éclairée par le génie pacifique de 1789 personnifié dans M. de Talleyrand, n'abandonna jamais l'idée mère du duc de Choiseul, l'alliance autrichienne comme pivot solide de l'équilibre continental.
M. de Talleyrand (on l'a vu), même après Austerlitz, Wagram et le traité léonin de Presbourg, se hâta de saisir la première circonstance décisive et la première lueur de haute raison dans Napoléon pour renouer, par un lien indissoluble, le mariage de Napoléon avec Marie-Louise, l'alliance entre les deux monarchies.
Sans le crime diplomatique de Bayonne et sans l'extravagance militaire de Moscou, les deux monarchies réunies étaient à jamais arbitres du continent pacifié; leur influence irrésistible excluait l'Angleterre, dominait la Russie, régentait la Prusse, pacifiait l'Italie et l'Espagne. C'étaient là les vues de M. de Talleyrand; c'était l'intérêt de Napoléon, non plus conquérant, mais fondateur de dynastie. Ces vues étaient si justes que l'Autriche se trouva entraînée à nous suivre en Russie, même dans notre folie: à plus forte raison nous eût-elle suivis dans notre raison et dans notre droit. Ce fut encore cette alliance qui nous offrit obstinément à Dresde, après nos catastrophes de Russie, une paix acceptable et glorieuse sous la médiation autrichienne. M. de Metternich ne renonça à nous sauver que quand nous voulûmes obstinément nous perdre: il ne quitta Dresde que découragé par les injures personnelles de Napoléon.
Au congrès de Châtillon, et le Rhin franchi par sept cent mille hommes, M. de Metternich tentait encore de négocier pour qu'on offrît des conditions plus tolérables au vaincu de Leipsick (lisez les correspondances diplomatiques entre Napoléon et ses plénipotentiaires au congrès de Châtillon; elles sont écrites du champ de bataille; elles varient de la nuit au jour, selon la défaite ou la victoire). L'Autriche ne désespère de Napoléon que quand il s'abandonne lui-même au hasard, qui livre sa capitale aux alliés et sa dynastie à l'abdication.