‹ Cours familier de Littérature - Volume 10Chapitre 20 sur 158 · X

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L'histoire de Richardet, frère de Bradamante, amante de Roger, et de Fiordalisa, amante de Richardet, est dans un genre opposé une des plus ravissantes débauches d'imagination d'Arioste; mais le chanoine y avait mis avec raison le sinet fatal qui nous en interdisait la lecture. Ces images trop licencieuses ne pouvaient effleurer seulement l'imagination de Thérésina, ni même de sa mère. La gaieté des aventures n'en sauvait pas assez la légèreté. On ne conçoit guère aujourd'hui comment la pudeur des princesses et des dames de la cour de Ferrare tolérait de tels écrits lus à haute voix pendant les soirées au palais. On conçoit moins encore comment la cour de Rome, gardienne des moeurs, autorisait par trois brefs l'impression de telles jovialités. Mais les temps ont leur innocence.

Le chant qui contient l'histoire de Joconde ne forme plus seulement disparate, mais scandale dans le poëme; il devrait être déchiré de toute édition populaire de l'Arioste. La Fontaine l'a imité à sa manière dans le volume ordurier de ses _Contes_; mais ce volume, feuilleté par le seul libertinage, est soigneusement écarté des yeux de l'enfance et de la jeunesse. La Fontaine, au reste, a la main bien moins légère et bien moins délicate dans _Joconde_ que l'Arioste; l'un est badin, l'autre est lubrique: c'est qu'Arioste écrivait pour un âge d'innocence, et la Fontaine pour un âge de corruption. Il n'y a que de la jeunesse et de la gaieté dans Arioste, il y a de la vieillesse et du cynisme dans les _Contes_ de la Fontaine.