XVI
Après les quelques mots d'accueil rapidement échangés, tout fut dit entre nous; on ne pouvait être longtemps banal avec ce jeune homme. Nous nous serrâmes les deux mains, qui ne se desserrèrent jamais plus. Laprade, désormais fils et frère de la maison, s'assit avec nous; et la conversation familière continua, tant que le soleil nous fit rechercher l'ombre, comme si un convive seulement de plus était venu serrer les rangs autour de la table.
Laprade connaissait Listz: ces deux génies se convenaient par le goût du surnaturel. Car Listz est un musicien métaphysique, semblable à ses compatriotes Mozart et Beethoven: il chante plus de symphonies du ciel que de mélodies de la terre; il n'a point de rapport avec Rossini. Rossini chante des sensations et des ivresses; il a plus de verve que de sensibilité: c'est le Boccace de la musique. Laprade est en poésie ce que Beethoven et Listz sont en musique: ce sont des esprits aériens. Rossini est plus homme: ils sont plus anges.