XXI
Ce poëme, publié en entier depuis, est, selon nous, le chef-d'oeuvre de la poésie métaphysique en France et en Angleterre; son seul défaut est d'être métaphysique, c'est-à-dire condamné à n'être jamais populaire. Mais on en extraira à foison des pages aussi achevées de pensée et de style que des pages de Virgile dans ses _Églogues_. Ces pages de _Psyché_ seront comme ces statues de marbre de Paros enlevées à un monument païen écroulé pour décorer à jamais les musées ou les temples du christianisme. Ces chefs-d'oeuvre sont divins, mais ils sont abstraits; ils ne peuvent servir à peupler le temple, ils le décorent: ce sont les bas-reliefs de l'âme. Ce poëme, fait pour le petit nombre, place Laprade au premier rang des philosophes en vers. Si Psyché eût été de chair au lieu d'être de marbre, elle aurait fait palpiter le coeur humain; elle ne fait qu'illustrer le génie du poëte.