‹ Cours familier de Littérature - Volume 10Chapitre 48 sur 158 · XXII

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Laprade feuilleta encore à haute voix sa mémoire; il nous récita quelques fragments de ses poëmes évangéliques, qui s'épanchaient déjà goutte à goutte de son coeur trop plein. Ces poëmes ont paru en entier depuis.

Klopstock avait eu la même inspiration en Allemagne, il y a soixante ans. La _Messiade_ est le poëme épique du christianisme surnaturel et miraculeux. Les poëmes évangéliques de Laprade sont le poëme bucolique du christianisme, ou, pour mieux dire, c'est l'Évangile lui-même traduit en poésie. Selon nous, l'idée était fausse; l'Évangile, qui est une réforme sévère et rationnelle de la Bible, n'est pas poétique pour le vulgaire.

C'est un enseignement, et non une fable. La morale a tout à y recueillir, l'imagination n'a rien à y colorier; les passions humaines, cette âme de l'épopée, en sont exclues; les prédications d'un homme né dans la cabane d'un artisan et suivi de village en village par douze pauvres pêcheurs de Galilée ne sont un poëme que pour les philosophes qui étudient à loisir la semence et la germination des vérités divines. Les paraboles mêmes, ces apologues évangéliques qui ne font rejaillir la vérité que sous la forme ingénieuse de l'allusion, sont froides comme les images répercutées dans le miroir lumineux mais impassible de la pure intelligence. La charité est la seule passion qui palpite dans l'Évangile; mais c'est une passion divine, collective, métaphysique, abstraite, qui généralise et qui n'individualise pas le sentiment. L'individualité seule produit l'intérêt dans un poëme: une doctrine ne personnifie qu'une vérité.