‹ Cours familier de Littérature - Volume 10Chapitre 50 sur 158 · XXIV - XXV

XXIV - XXV

En relisant ces poëmes, nous rencontrons à chaque parabole ou à chaque récit des pages de cette perfection de langue et de cette onction d'âme. Si quelqu'un pouvait faire une épopée évangélique par la foi et par le talent, c'était M. de Laprade; mais nul ne peut faire qu'une doctrine soit une poésie, ou qu'une morale soit un drame.

La vraie poésie de Laprade, c'est la poésie de ce temps, c'est la nature. Il y reviendra, il y revient déjà dans le dernier volume qu'il vient de publier, les _Idylles héroïques_. On sent partout dans ces idylles ce retour à la nature, seule inspiratrice infaillible des vrais poëtes, les poëtes de sentiment. Les montagnes du Forez, cette Auvergne du Midi, berceau de son enfance, les scènes de la vie agricole, vrai cadre de toute poésie, les fenaisons, les moissons, les vendanges, les semailles, les mille impressions douces, fortes, tendres, tristes, rêveuses, qui montent au coeur de l'homme agreste dont le goût n'est pas encore blasé par la vie artificielle des cités, tous ces évangiles des saisons qui chantent Dieu par ses oeuvres dans le firmament comme dans l'hysope, sont les textes de ces délicieuses compositions. C'est la terre réfléchie dans une âme pure et transparente comme l'onde du Lignon cher à d'Urfé, du Lignon qui dort sous l'ombre des rochers de son cher Forez après avoir écumé en grondant du haut de ses montagnes.

Cher pays de Forez, je te dois une offrande! Terre où, dans mon berceau, les chênes m'ont parlé, Ta sève et ton murmure en ma veine ont coulé; Il faut qu'un cri d'amour aujourd'hui te les rende.

C'est toi qui la première, au sentier du désert, Fis marcher pas à pas mon enfance inquiète, Qui m'as nourri d'un miel dans les bois découvert, Et, dans l'eau du torrent, m'as baptisé poëte.

C'est ton doigt maternel qui dirigea mes yeux Sur l'alphabet sacré des couleurs et des formes, Et, dans l'accent divers des sapins ou des ormes, M'apprit à pénétrer des mots mystérieux.

Par toi, dans l'ombre sainte, enfant des vieux Druides, J'ai connu des grands bois le sublime frisson; Poursuivant l'infini des horizons fluides, Par toi, des hauts sommets je fus le nourrisson.

Mon aile s'est ouverte au vent que tu déchaînes; Enivré de ton souffle, à l'odeur des prés verts, J'ai senti circuler, de mon sang à mes vers, L'esprit qui fait mugir les taureaux et les chênes.

Près d'une eau qui frémit sur son lit de gravier, Sous l'aune où le geai siffle, où se rit la linotte, De l'hymne universel m'enseignant chaque note, Tu conduisis mes doigts sur ton vaste clavier.

J'appris des laboureurs et des batteurs de grain Ce rhythme indéfini qui dans l'écho s'achève; Que de soirs, j'ai trouvé, dans ce vague refrain, Enfant, un doux sommeil, jeune homme, un plus doux rêve!

Le foyer et le champ, les récits de l'aïeul, Tout ce qui pour le coeur compose la patrie, Tous ces trésors que j'aime avec idolâtrie, Cher pays de Forez, je les tiens de toi seul.

Tous mes fruits ont germé sur tes douces collines; Ma sève ne sort pas d'une immonde cité; Si je fleuris au sol où je fus transplanté, C'est que je garde encor ta terre à mes racines.

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