VI
Donc je craignais l'apparition de mon petit livre, quoique anonyme, de peur d'être écrasé dans l'oeuf par une chute, et encore plus par un succès. Voilà cependant que la jolie fille de mon concierge, enfant de douze à quatorze ans, ouvre la porte de ma chambre au premier rayon d'un mois de printemps, avant l'heure ordinaire où elle m'apportait le journal matinal; elle jette sur mon lit en souriant une petite lettre cachetée d'un énorme sceau de cire rouge avec une empreinte d'armoiries qui devaient être illustres, car elles étaient indéchiffrables. «Pourquoi riez-vous ainsi finement, Lucy? dis-je à l'enfant tout en rompant le cachet et en déchirant l'enveloppe.--C'est que maman m'a dit que la lettre avait été apportée de grand matin par un chasseur tout galonné d'or, avec un beau plumet à son chapeau, et qu'il avait bien recommandé de vous remettre ce billet à votre réveil, parce que sa princesse lui avait dit: Allez vite, il ne faut pas retarder la joie et peut-être la fortune de ce jeune homme.»
Et deux billets séparés, et d'écritures diverses, tombèrent de l'enveloppe sur mon lit.
Le premier billet, d'une main évidemment féminine, était de la princesse polonaise T..., soeur, je crois, du prince Poniatowski, le héros malheureux de la Pologne, noyé dans la déroute de Leipsik.