‹ Cours familier de Littérature - Volume 10Chapitre 62 sur 158 · VII

VII

Cette femme illustre et lettrée était l'amie de M. de Talleyrand. Je ne connaissais pas la princesse; son billet ne m'était pas adressé; elle l'avait écrit avant le jour à un de mes plus chers amis, M. Alain, médecin et commensal du prince de Talleyrand pendant dix ans, aussi tendre et aussi vertueux que savant.

Je le voyais tous les jours; il donnait, par pur intérêt de coeur, à ma santé encore frêle les soins d'une mère plus que d'un médecin. Hélas! je l'ai vu mourir avant son malade, à la fleur de ses années, d'une maladie de trois ans, tête à tête avec un crucifix d'ivoire suspendu par un chapelet de femme au bois de son lit. J'ai su le nom de la femme que lui rappelait le crucifix et le chapelet de noyaux d'olives: je ne le dirai pas. Le pauvre malade mourait d'amour contenu, pour ne pas faillir à l'amitié et à la vertu; que l'éternité lui soit douce! Il avait ajourné son bonheur au ciel. C'était un de ces hommes qui donnent la certitude d'une autre vie; car, si Dieu trompait de telles espérances et de telles privations par un leurre éternel, ce ne serait pas seulement le monde interverti, ce serait la Divinité renversée. Le seul hommage dû à un tel Dieu serait le blasphème: il ne mériterait que cela.