‹ Cours familier de Littérature - Volume 10Chapitre 63 sur 158 · VIII

VIII

Donc la princesse T.... écrivait à M. Alain: «Le prince de Talleyrand m'envoie à mon réveil le billet ci-joint; je vous l'adresse pour votre jeune ami, afin que le plaisir que cette impression du grand juge vous fera soit double. Communiquez le billet du prince au jeune homme, et remerciez-moi du plaisir que je vous donne, car je sais que votre seule joie est dans la joie de ceux que vous aimez.»

J'ouvris le second billet; il était écrit d'une main évidemment précipitée et lasse d'insomnie, sur un chiffon de papier large comme cinq doigts et taché de gouttes d'encre. Ce billet disait en cinq ou six lignes: «Je vous renvoie, Princesse, avant de m'endormir, le petit volume que vous m'avez prêté, hier soir. Qu'il vous suffise de savoir que je n'ai pas dormi, et que j'ai lu jusqu'à quatre heures du matin, pour relire encore.»

Le reste du billet était une prophétie de succès en termes brefs, mais si exagérés que je ne voudrais pas les transcrire ici. Cette âme de vieillard, qu'on disait de glace, avait brûlé toute une nuit d'un enthousiasme de vingt ans, et ce feu avait été rallumé par quelques pages de vers imparfaits, mais de vers d'amour.