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Je ne m'informai pas même, dans la matinée, du succès de mes vers. Le billet du prince de Talleyrand, ce grand flaireur infaillible de toutes les choses humaines, me suffisait pour augure. Je savais qu'un tel homme ne se trompait pas plus aux vers qu'à la prose. Quel intérêt avait-il à me flatter? Il était prince, il était puissant, il était l'oracle du monde politique, il avait été l'ami et le disciple de Mirabeau sans se tromper à son génie, le plus juste et le plus vaste du dix-huitième siècle. Et moi, qu'étais-je? un solliciteur inconnu sous un toit de Paris. Je me confiai donc à la fortune; elle s'appelait pour moi du nom du prince de Talleyrand. Je raconterai, dans mes prochains Entretiens sur la littérature diplomatique, comment ce même homme d'État, quinze ans plus tard, me prédit une autre fortune plus difficile à discerner dans mon avenir d'orateur, fortune alors très-lointaine et très-voilée pour tout le monde, excepté pour lui et pour moi. On verra l'oeil du lynx sous cette lourde paupière du vieillard. Mais n'anticipons pas.