IV
Après l'Angleterre, dont l'alliance serait un contre-sens à la nature, que voyez-vous? la Russie.
La Russie sera certainement un jour une alliance très-puissante et très-fidèle, par attrait de caractère et par conformité d'intérêt, pour la France. Napoléon a tenu cette alliance russo-orientale dans la main après qu'il avait décomposé l'Allemagne et conquis l'Italie jusqu'à Naples; mais il a brisé cette alliance, en la jetant à terre dans un mouvement d'impatience, pour tenter son expédition chimérique de Moscovie, et en forçant du même coup l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie à secouer le joug de ses vaines victoires. L'alliance russe, toujours en perspective, a reculé pour nous dans un horizon de plusieurs siècles; et pourquoi? Vous allez le comprendre.
Les alliances se fondent sur un intérêt commun.
Quels sont aujourd'hui les intérêts de la Russie? Elle en a deux: se consolider en Pologne, empiéter sur les provinces du Danube, s'annexer les provinces grecques, non de race mais de religion, de la Turquie d'Europe, se naturaliser en Asie vers la Perse et vers la Turquie asiatique, posséder le littoral de la mer Noire, s'y créer une marine militaire sur les débris de sa marine détruite de Sébastopol; s'emparer ensuite de Constantinople, de la capitale de l'empire ottoman; marcher de là d'un côté, par le Taurus et par la Syrie, vers l'Euphrate et vers le Nil; marcher de l'autre côté, par la Grèce et l'Albanie, vers le fond de l'Adriatique, et, en resserrant ensuite ses deux bras ainsi étendus, étreindre l'empire de Constantin annexé à l'empire de Pierre le Grand. Voilà son destin, voilà sa nature, voilà sa pensée, même quand elle ne pense pas: la force des choses pense sans elle.