‹ Cours familier de Littérature - Volume 11Chapitre 45 sur 176 · XVI

XVI

Rentré à Rome, Cicéron y vécut quelques années dans l'ombre, ne s'attachant à aucune des factions qui divisaient la république, ne faisant cortége à aucun des chefs de parti dont la faveur poussait les jeunes gens aux candidatures, et ne sollicitant rien du peuple.

On le méprisait, disent les historiens, pour ce mépris qu'il faisait des hommes et des richesses, et pour cette estime qu'il gardait aux choses immatérielles. On l'appelait poëte, lettré, homme _grécisé_, philosophe spéculatif, noyé dans la contemplation des choses inutiles. Le vulgaire méprise dans tous les siècles tout ce qui n'est pas vulgaire comme lui.

Cicéron ne s'émut pas de ces railleries, et continua à se perfectionner en silence par le seul amour du beau et du bien.

Il vivait alors familièrement avec le plus grand acteur de la scène romaine, Roscius. Ils étudiaient ensemble: l'acteur, à imiter les intonations, les attitudes et les gestes que la nature inspirait d'elle-même à Cicéron; l'orateur, à imiter l'action que l'art enseignait à Roscius; et, de cette lutte entre la nature qui imite et l'art qui achève, résultait, pour l'acteur et pour l'orateur, la perfection, qui consiste, pour l'acteur, à ne rien feindre au théâtre qui ne jaillisse de la nature, et, pour l'orateur, à ne rien professer à la tribune qui ne soit avoué par l'art et conforme à la suprême convenance des choses, qu'on nomme le beau.