‹ Cours familier de Littérature - Volume 11Chapitre 56 sur 176 · XXVII

XXVII

Cicéron fut nommé pontife, puis proconsul en Syrie. Il commanda des légions; il pacifia les provinces orientales de la république; il s'y fit adorer pour sa justice et pour sa bonté. Les étrangers l'appelèrent le père des alliés de Rome et des tributaires.

Revenu à Rome, il y tomba en pleine guerre civile.

César avait passé le Rubicon, en jetant au hasard le sort de la république.

Pompée, resté à Rome avec les derniers hommes libres et vertueux de la patrie, s'associait à Cicéron.

César caressait l'orateur pour l'entraîner dans son crime.

Cicéron flottait de l'un à l'autre, tâchant de prévenir le choc de ces deux grands rivaux.

Ses anxiétés usaient, non sa vertu, mais son caractère.

Sa haute intelligence lui montrait des deux côtés des dangers presque égaux pour la patrie: l'anarchie et la faiblesse avec Pompée, la violence et la tyrannie avec César.

Ses lettres, à cette époque, sont la confession d'un homme de bien; il méprise presque autant le parti de Pompée qu'il déteste celui de César. La postérité a vu en cela de la faiblesse; ce n'était, hélas! que de la profondeur de jugement. Les hommes de génie sont jugés par les esprits médiocres: c'est le secret des accusations de la postérité contre la vertu civique de Cicéron. Il y a des temps si malheureux que les meilleurs patriotes n'ont le choix qu'entre deux calamités pour leur patrie. Qui oserait s'étonner que ces grands patriotes hésitent à choisir? Telle était la situation de Cicéron.