‹ Cours familier de Littérature - Volume 11Chapitre 57 sur 176 · XXVIII

XXVIII

À la fin, la vertu, plus que la conviction, l'entraîna dans le parti de Pompée; il savait qu'il se perdait, mais il se perdait avec Caton et Brutus. Mieux vaut la mort avec les honnêtes gens que la victoire avec les pervers.

Il ne se trompait pas. Pompée, fugitif d'Italie, alla perdre la bataille de la république en Épire. Pharsale fut le champ de bataille et le tombeau de la liberté du monde.

Pompée s'enfuit en Égypte, et meurt sur le rivage par la main d'un assassin soudoyé, qui veut offrir sa tête en présent à César.

Caton meurt en philosophant sur l'immortalité de l'âme.

Brutus meurt dans un blasphème ironique sur l'inanité de la vertu.

Cicéron, amnistié par le vainqueur, vit et revient pleurer la république en Italie.

César s'excuse auprès de Cicéron de sa victoire; il va lui-même le visiter dans sa retraite en Campanie; il lui demande, pour ainsi dire, grâce pour son triomphe; il ne croit pas le monde conquis, si Cicéron n'a pas ratifié la fortune.

Cicéron cède à demi à tant de caresses; il revient à Rome, il y reprend son rôle de défenseur des citoyens; il invoque, dans des harangues trop adulatrices, la magnanimité de César pour les vaincus de Pharsale; il admire l'homme dans César, tout en détestant le tyran.

L'abstention complète eût été plus digne, l'exil même eût été plus stoïque: c'est sur cette époque de sa vie que les admirateurs de Cicéron auraient eu besoin de jeter un voile d'indulgence. Mais, s'il y eut complaisance envers la fortune dans cette conduite du grand orateur romain, il n'y eut jamais complicité avec César. Cicéron désespéra de la liberté romaine: mais ce désespoir, trop fondé en fait, ne fut jamais une trahison; il continua à déplorer à haute voix la chute de l'antique constitution et de maudire en secret César. Quand César tomba sous la conspiration des honnêtes gens de Rome, tels que Brutus, Cassius, Caton, Cicéron se réjouit de leur courage, et se rangea, sans hésiter, de leur parti.