‹ Cours familier de Littérature - Volume 11Chapitre 58 sur 176 · XXIX

XXIX

On sait que César se faisait pardonner la tyrannie par la grâce, et Cicéron, les regrets de la liberté perdue, par les complaisances.

Vers le même temps, quoiqu'il eût déjà passé la soixantième année de sa vie, il répudia sa première femme Térentia, coupable de l'avoir négligé pendant ses disgrâces, et il épousa une de ses pupilles, très-jeune, très-belle, très-riche, qu'un père mourant lui avait confiée.

Éprise du génie et de la renommée de son second père, cette jeune Romaine l'aima et en fut aimée avec une passion qui effaça la distance des années. Ce furent, non les plus glorieuses, mais les plus sévères et les plus fécondes de sa vie; elles furent courtes.

La mort lui ayant enlevé bientôt après sa fille Tullia, délices et orgueil de son coeur, il en conçut une telle douleur qu'il s'offensa de ce que cette douleur n'était pas assez partagée par sa nouvelle épouse, jalouse, sans doute, de n'être pas le seul objet de ses tendresses, et qu'il s'éloigna d'elle et se renferma dans la solitude avec ses larmes et son génie.

C'est là qu'il écrivit, sans relâche et sans lassitude, ses plus belles oeuvres littéraires.