X
Huit cent vingt années d'existence ont épuisé la vitalité de Rome. Rome vieillit; car, malgré les illusions toujours déçues et toujours renaissantes des utopistes, les nations vieillissent comme l'homme, unité mortelle dont elles parcourent toutes les phases avec plus de lenteur, mais avec la même vicissitude de naissance, de jeunesse, de maturité, de caducité et de mort.
L'empire a dévoré la république; l'armée a subjugué les lois; la corruption, à son tour, a avili l'armée; la sédition donne et retire le trône et la vie à des favoris prétoriens d'un camp et d'un jour. Néron, le dernier des empereurs du sang de César, a péri, exécré des uns, regretté par les autres; car les vices et les crimes eux-mêmes ont leur parti dans les populaces et dans les casernes. On pleure, à Rome et à Lyon, ce bon Néron qui incendiait la capitale pour la rebâtir, qui égorgeait sa mère, mais qui amusait la plèbe. Le vieux Galba, proclamé empereur par les légions, s'avance et tend la main vers le sceptre.
Écoutons Tacite, c'est ainsi qu'il commence son premier livre: