‹ Cours familier de Littérature - Volume 12Chapitre 39 sur 183 · XXII - XXIII

XXII - XXIII

Tacite peint en satiriste consommé les jactances et le faux enthousiasme des hommes intéressés que la peur avait dissipés, que la peur ramène. Chacun veut avoir sa part de fidélité et d'héroïsme: il y en a qui vont jusqu'à affirmer qu'Othon a été percé par leur main. L'impassible Galba sourit de pitié et demande à un de ces prétendus meurtriers _qui lui a donné ordre de tuer Othon_.

Ce bruit était faux. Tacite raconte la sédition des prétoriens à la vue d'Othon, en homme qui a vu les émotions populaires et les défections soldatesques.

On croit relire, à l'homme près, l'entrée de Napoléon à Grenoble au retour de l'île d'Elbe. Citons cette page, que nous avons lue tant de fois nous-même vivante sur les pavés de nos places publiques:

«Les dispositions dans le camp n'étaient déjà plus douteuses, et la passion en faveur d'Othon était déjà si furieuse que les soldats, non contents de le couvrir de leurs corps et de leurs armes, le portent, au milieu des aigles des légions, sur un tertre où s'élevait, quelques moments avant, la statue d'or de Galba, et l'entourent de leurs étendards. Il n'était possible ni aux tribuns ni aux centurions d'en approcher; le simple soldat recommandait à ses camarades de se défier de ses officiers; tout retentissait de clameurs, de tumulte, de vociférations échangées entre les groupes, non pas seulement, comme dans une multitude, de vociférations inactives, mais, à chaque nouveau groupe de soldats qui se présentaient, on leur prenait les mains, on les enlaçait d'un cercle d'épées nues, on les poussait vers Othon, on les provoquait à lui prêter le serment, on les préconisait l'un à l'autre, tantôt l'empereur aux soldats, tantôt les soldats à l'empereur.

«Othon ne cessait pas, de son côté, d'étendre les mains vers eux, d'adresser des hommages à cette multitude et de lui jeter des baisers, se dégradant jusqu'à la bassesse pour se relever à la domination!»