VI - VII
Après cette magnifique et courte allocution, à laquelle la brève et mâle concision de la langue latine prête un accent d'inflexibilité et de supériorité d'âme qu'aucune éloquence ne surpasse, Tacite raconte les derniers soucis d'Othon pour ceux qui devaient lui survivre.
«Il employait, pour les résoudre à vivre, l'autorité sur les jeunes gens, les supplications avec les vieillards; serein de visage, intrépide d'accent, se refusant les larmes intempestives.
«Il faisait fournir des barques et des canots à ceux qui voulaient fuir; il anéantissait les lettres et les notes qui auraient pu servir de témoignage du zèle qu'on avait montré pour lui, des injures qu'on avait proférées contre Vitellius; il distribuait des gratifications avec mesure, et nullement comme un homme qui n'a rien à ménager après lui; ensuite il s'appliqua à consoler le fils de son frère, Salvius Coccéianus, enfant en bas âge, qui tremblait et qui pleurait, louant sa tendresse, gourmandant son effroi, l'assurant que le vainqueur ne serait pas assez barbare pour refuser la grâce de ce neveu, à lui, qui avait conservé à Rome toute la famille de Vitellius, et qui allait, par la promptitude de sa propre mort, mériter la clémence de ce rival: car ce n'était point, ajoutait-il, dans une extrémité désespérée, mais à la tête d'une armée demandant à combattre, qu'il épargnait volontairement à la république une calamité nouvelle; qu'il avait assez de renommée pour lui-même, assez d'illustration pour ses descendants; que le premier, après les Jules, les Claude, les Servius, il avait porté l'empire dans une nouvelle famille; que son neveu devait donc accepter la vie avec une noble assurance, sans oublier jamais qu'Othon fut son oncle, et cependant sans trop s'en souvenir.»