XLIII.
D'un coup de plume M. de Ronchaud a effacé pour moi vingt années de vicissitudes et de ténèbres; il m'a reporté à une belle aurore d'une journée de voyage, couché sur le pont de mon navire, et poussé par la main des Néréides, du cap _Sunium_ au Pyrée, où, par un vent de terre tiède et frais qui faisait frissonner ma voile, je regardais le blanc mausolée du Parthénon monter et se découper sur le firmament bleu de l'Attique, semblable plutôt à un autel s'élevant vers le ciel pour y faire monter l'encens du matin.
Puis, il me rappelait mon ascension du lendemain du débarquement à l'acropole, et ma longue station sous les propylées, au milieu d'un groupe prisonnier de soldats turcs qui faisaient leur feu de myrthe au pied d'une colonne, foyer auquel deux jambes de déesses séparées des bustes servaient de chenets.
Les décombres d'Athènes, où il ne restait pas pierre sur pierre, blanchissaient et poudroyaient au bas dans la plaine comme une carrière abandonnée; nous étions dans la maison des divinités d'Athènes. Le génie de Phidias, qui l'avait bâtie et meublée du céleste mobilier de l'Olympe, nous protégeait seul et devait seul ressusciter cette Athènes toute cadavéreuse à nos pieds; car, il ne faut pas s'y tromper, c'est Phidias qui a ressuscité la Grèce; ce sont ses ouvrages que l'Europe a voulu délivrer des Turcs; la Grèce, pour elle, ne fut qu'un musée captif. L'Europe s'arma pour une croisade de statues. Navarin délivra des pierres et des ombres. Hélas! voilà tout! Les hommes vont-ils renaître pour l'habiter?--Attendez!