‹ Cours familier de Littérature - Volume 13Chapitre 129 sur 217 · XIX.

XIX.

Renonce, comme je l'ai fait moi-même, à tous les rôles actifs de l'existence! Décourage-toi d'espérer en vain de voir le beau sur la terre ailleurs que dans tes rêves! il n'y est pas; le vulgaire triomphe, et triomphe toujours de l'idéal: l'idéal est divin!

Tu n'aurais qu'à heurter tes pieds une seconde fois contre les pierres de notre route! Des illusions détruites, des efforts trompés, des enthousiasmes éteints faute d'aliments assez purs pour allumer dans les âmes une jeunesse perdue, des envies ignobles te suivant à la trace trop droite et trop haute de tes pensées! Des invectives, des huées, des éclats de rire, te montrant au doigt sur le chemin de ton supplice, te reprochant de vivre trop longtemps pour la paix des méchants que ton oeil importune! Des dettes glorieuses qui t'empêcheront de dormir, quand tu achèterais à tout prix une heure fébrile de repos sur la couche qu'on te ravira demain! Les débris du toit paternel de Saint-Lupicin vendus à l'encan, que tu n'oseras plus regarder inaperçu que de loin, pendant que la fumée de l'étranger, se levant au souffle d'hiver, te rappellera ce cher foyer où ta jeune mère réchauffait dans ses mains tes mains d'enfant glacées par la neige! Une tombe, on ne sait sur quel chemin du monde, loin de la tombe de ton père! Enfin la lassitude de tes bonnes pensées finissant par atteindre jour à jour, par atrophier ton coeur, et par t'assimiler ce mot de Brutus: _Vertu, tu n'es qu'un nom! Je me repens d'avoir trop aimé ma patrie!_