XX. - XXI.
Voilà ce que je te promets! Détourne la tête et va passer cette belle automne seul, selon ta coutume, sous les ardoises de Saint-Lupicin!
Là, la vieille servante, honorée comme du temps d'Homère du nom de _nourrice_, t'attend avec la patience de la maternité inquiète, en soufflant dès l'aurore sur le foyer qu'elle a bâti dans la cheminée de cuisine.
«Que fait donc mon jeune maître? se dit-elle. Ne reviendra-t-il pas aujourd'hui? C'est à pareil jour qu'il revint l'année dernière de ses voyages sans but à travers le monde, dont il ne rapporte jamais, dans sa valise, que des pierres cassées, des dessins à la plume ou des écritures à lignes inégales qui font chanter ou pleurer ceux qui les lisent.
«À quoi songe-t-il donc? Est-ce que la vie est si longue qu'il faille en dépenser tant sur les grandes routes?
«Est-ce qu'il ne sentira pas enfin qu'une épouse du pays serait fière et heureuse de commander à Saint-Lupicin, comme une certaine Pénélope commandait et distribuait les laines à ses servantes, dans ce livre qu'il m'a lu tant de fois pour me faire honneur?
«Est-ce qu'un automne de plus ou de moins, c'est peu de chose dans la vie?
«Est-ce que la neige ne commence pas à blanchir les têtes des sapins de Saint-Cergues, d'où l'on voit à ses pieds le lac Léman?
«Est-ce que le rayon déjà pâli du matin ne se glisse pas de tronc d'arbre en tronc d'arbre, comme un visiteur timide entr'ouvrant le matin la porte de la cour?
«Est-ce que le maïs effeuillé ne livre pas ses feuilles jaunies au vent qui en tapisse sur les routes tous les sentiers de la montagne?
«Est-ce que les hirondelles du pignon ne sont pas déjà depuis longtemps rassemblées sur le bord du bois pour prendre le lendemain, avant le jour, leur vol vers leur foyer d'hiver?
«Et lui donc, pauvre oiseau changeur de climat, ne rentrera-t-il pas bientôt dans son foyer d'hiver?»