‹ Cours familier de Littérature - Volume 13Chapitre 148 sur 217 · XXXIX.

XXXIX.

«Dans ces cités républicaines, et spécialement dans la plus démocratique, l'art exerçait une sorte de magistrature; les images en bronze et en marbre des hommes illustres, en même temps qu'elles servaient de luxe sévère à la place publique, portaient dans tous les coeurs l'enthousiasme et l'émulation. L'Athénien qui se rendait de sa maison à l'assemblée du peuple rencontrait partout sur son passage les figures des divinités protectrices de la cité, celles des magistrats et des héros révérés pour leur courage et pour leurs vertus civiques et patriotiques; il s'avançait au milieu de la majesté de ces souvenirs comme sous les portiques d'un temple; et la Vénération, comme une muse de la religion et de la patrie, se levait à son approche du pied des statues, et l'accompagnait à travers la ville jusqu'au lieu consacré par la solennité des délibérations populaires.

«Il y avait de ces simulacres aux abords des temples, dans les portiques, dans les agoras; les rues et les chemins étaient bordés de ces statues de forme quadrangulaire nommées Hermès, du nom de la divinité qu'elles représentaient et dont Pausanias attribue l'invention aux Athéniens.

«L'art mêlait ses beautés à celles de la nature. Platon nous montre, au commencement du _Phédon_, une fontaine voisine de l'Ilissus, qu'un agnus-castus ombrage de ses rameaux odorants, et autour de laquelle sont des statues du fleuve Achéloüs et de ses nymphes; c'est là que Socrate s'assied avec son jeune disciple et qu'ils s'entretiennent philosophiquement de l'amour et de la beauté, au chant harmonieux des cigales. On voit, par l'énumération que fait Pausanias d'une partie des statues qui décoraient de son temps l'Altis à Olympie, combien le nombre en a dû être considérable. Mais c'est surtout dans les temples que les chefs-d'oeuvre de la sculpture étaient prodigués.»