XIX.
Cette faute politique, je ne me la suis jamais pardonnée, pour mériter que le Juge suprême (qui n'est pas l'homme) me la pardonne. Les blessures de la conscience ne se cicatrisent que par le repentir. J'en aurai mérité le châtiment ici bas, je n'aurai pas protesté contre la peine, et j'ai toujours considéré les angoisses et les humiliations qui assiégent depuis dix ans le soir de mon existence comme une juste expiation d'une de ces témérités d'esprit par lesquelles l'homme le mieux intentionné ne doit jamais, selon l'expression des moralistes religieux, tenter la Providence quand il s'agit du sort et du sang d'un peuple.
Mais, en ce qui concerne l'_Histoire des Girondins_, je ne me reproche en conscience que les cinq ou six pages que j'ai signalées ici moi-même à la vindicte des belles âmes, et je désire que ce commentaire expiatoire reste attaché au texte et fasse corps à cette édition du livre, pour prémunir les lecteurs, et surtout la jeunesse et le peuple, contre le danger de quelques sophismes qui pourraient fausser une idée dans leur esprit, ou atténuer dans leur coeur la sainte horreur de la vérité même, contre l'immoralité des moyens.
Les révolutions ne sont pas, comme on l'a dit, l'interrègne de la conscience, elles en sont l'épreuve, et elles ne succombent que pour avoir mêlé dans leur oeuvre le crime et la vertu.
Et maintenant n'en parlons plus, et revenons à la pure et innocente littérature.
LAMARTINE.
LXXVIe ENTRETIEN.
LA PASSION DÉSINTÉRESSÉE DU BEAU
DANS LA LITTÉRATURE ET DANS L'ART.
PHIDIAS
PAR LOUIS DE RONCHAUD[2].
[Note: 2 _Phidias, sa vie et ses ouvrages_, 1 vol., par Louis de RONCHAUD. Chez Gide-Lebrun, éditeur, 5, rue Bonaparte.]