XXIII.
Des usines de fer fument, brillent, tournent, frappent, retentissent, bouillonnent, bourdonnent, écument à tous les tournants de ces rivières où l'industrie de l'habitant a voulu utiliser une cascade ou une chute plus escarpée de l'eau sur la roue grinçante qui fait mouvoir l'axe métallique des leviers.
Les scieries reçoivent, par des ornières gigantesques, les cadavres encore verts des sapins; ils glissent avec des bonds de tangage jusque sur le bord des cataractes où la dent de l'acier va les démembrer; d'autres, lancés tout entiers sur l'eau courante, vont flotter jusqu'à la rivière d'Ain, et jusqu'au Rhône, pour servir de mâts aux navires et pour plier sans rompre sous les voilures, de même qu'ils ont plié et se sont redressés sur la montagne, sous leurs feuilles et sous le vent, comme pour s'exercer à porter le poids des tempêtes.