‹ Cours familier de Littérature - Volume 13Chapitre 94 sur 217 · XXVII.

XXVII.

Les diverses terrasses sur lesquelles le donjon grisâtre est élevé ou auxquelles il est adossé, ou dont il est flanqué d'un côté, donnent des places diverses aux chambres: de plain-pied d'un côté, avec les jardins, on est de l'autre au premier étage; cette disposition de terrain sur les pentes de montagnes donne du mouvement, du pittoresque, des escaliers, des paliers, des rampes extérieures et intérieures aux maisons; elles semblent, comme un manteau pétrifié, suivre en rampant dans leur inflexion au sol les ondulations de la roche ou du gazon qui les porte. Ces accidents de construction font les charmes des paysagistes; le donjon de Saint-Lupicin avec ses terrasses, ses jardins encaissés dans des décombres, ses cours de fermes pleines du vagissement des vaches, du chant des coqs, du roucoulement des pigeons qui blanchissent les rebords du toit des puits rustiques où la corde arrondie repose sur les auges dans des troncs d'arbres creusés pour abreuver les étables, arrête l'oeil du passant.

Si on entre dans la cour, on voit d'un côté une allée de marronniers, luxe rare de végétation dans ces contrées déjà froides; de l'autre, à l'extrémité de carrés du jardin, un pavillon de repos du style architectural de Louis XV, rappelant prétentieusement Versailles dans cette sauvagerie des lieux et des moeurs.

Des fenêtres de ce pavillon, on plonge à gauche sur la profonde gorge descendant vers la ville de Saint-Claude, de l'autre sur le château de Prat, dont mon père a porté quelque temps le nom et qui était un des domaines de mon grand-père dans cette contrée. Plus bas, on voit reluire et on entend gronder au fond d'un ravin inaccessible le torrent du Lignon qui court en circuitant autour des collines abruptes rejoindre la Bienne, rivière de Saint-Claude dans la vallée de Malingès.