XXVIII.
C'est là le village et le manoir de Saint-Lupicin. De gros noyers disséminés dans les champs en pente les signalent au voyageur.
Il y a loin de là à Athènes, avec le Parthénon pour diadème, le ciel transparent de l'Attique pour dais, l'olivier pour ceinture, la mer étincelante pour horizon, et c'est là pourtant que l'adorateur d'Athènes, l'idolâtre de Phidias, le Winckelman français, le lapidaire du beau dans la nature, dans la poésie, dans l'architecture, dans la statue, dans la pierre, dans la femme, dans toutes les réalités et dans tous les rêves, habite seul, jeune et grave comme un solitaire du mont Athos, dans son couvent tapissé de lambris de planches de sapin, ces lambris étant sculptés par les artistes autrefois si justement renommés de Saint-Claude pour leurs bustes de Voltaire, taillés au couteau dans la racine de buis.
Des chambres dont le plancher est couvert de livres et de gravures, la vaste cheminée où pétillent les copeaux de sapin, reste de la hache des bûcherons, une vieille nourrice devenue servante et reine des cuisines, des laboureurs et des bergers gardiens de ces belles vaches du Jura, quelques fermiers des hautes métairies qui lui payent leurs redevances sur la fin de l'automne, en fromages et en rayons de miel de leurs ruches, voilà tout le luxe, tout le mouvement, toute l'opulence du gentilhomme du Jura.