‹ Cours familier de Littérature - Volume 14Chapitre 128 sur 162 · VII.

VII.

Nous partîmes. J'entrai sur les pas du duc de Rohan dans une maison obscure de la rue du Pot-de-Fer, au fond d'une cour, au rez-de-chaussée; un bourdonnement d'enfants qui répètent leurs leçons sortait des fenêtres basses, comme un bourdonnement de ruches qui font le miel au printemps. Un rayon oblique de soleil pénétrait dans la ruche; une mère, grave, triste, affairée, y faisait réciter des _devoirs_ à des enfants de différents âges: c'étaient ses fils.

Elle nous ouvrit une salle basse, un peu isolée, au fond de laquelle un adolescent studieux, d'une belle tête lourde et sérieuse, écrivait ou lisait, loin du gai tumulte de la maison: c'était Victor Hugo, celui dont la plume aujourd'hui fait le charme ou l'effroi du monde.

Il avait déjà écrit cette élégie qui seyait si bien à un enfant-roi sur la mort d'un roi-enfant, Louis XVII, cette victime innocente de la brutale démagogie d'un savetier, bourreau volontaire. L'enfant-roi, sortant du sépulcre où on l'a jeté à la fosse commune, secoue son linceul et, rappelant ses souvenirs confus, s'écrie en revoyant la terre:

Où donc ai-je régné? demandait la jeune âme.

De telles inspirations étaient évidemment les pressentiments d'un grand poëte. Tout ce qui avait une âme sous un coeur quelconque en était ému.