VII.
Mais, me direz-vous, l'évêque était cependant un bon chrétien, un disciple modèle de Celui qui a dit: «Tu ne frapperas pas, même pour me défendre!»
Bonhomme, oui; bon chrétien, je n'en sais rien. Le fait est que, quand il a entendu le terrible évangile du terroriste qui lui confesse son patriotisme sans scrupule pour toute faute ou plutôt pour toute vertu, il tombe à ses pieds, et ne lui demande ni confession, ni repentir, ni sacrements: sa confession, c'est sa vertu mise au jour; son repentir, c'est l'orgueil avec lequel il s'en va à Dieu, avec son bonnet rouge sur la tête et sa hache en main; son viatique, c'est l'_idéal, ce moi de l'infini!_
Que voulez-vous dire à un pareil saint? Aussi l'évêque se prosterne devant son impénitence, l'adore, et montre le ciel à son troupeau. Cela peut être très-charitable, trop charitable, même pour les victimes du terroriste, mais cela n'est pas très-miséricordieux en détail. L'évêque est en gros, comme on le voit après son entretien avec le terroriste, très-large sur le sang répandu à flots par droit de colère du peuple. Cela est peu conforme au christianisme, qui est économe en gros comme en détail du sang des hommes, et qui dit: _Rendez à César ce qui est de César!_
À parler franchement, j'aimerais mieux que l'évêque fût franchement philosophe, accusation dont le défend M. Hugo; car, si la franchise est une vertu nécessaire, c'est envers Dieu et à cause de Dieu envers les hommes, et à cause de soi-même envers soi-même. Or voici comment je raisonne.
Si l'évêque est un brave homme non croyant dans la divinité de son Maître, pourquoi, en conservant ses vertus, n'abandonne-t-il pas l'autel où il adore le Christ comme Dieu, quand il le vénère seulement comme le saint crucifié du monde? En continuant son apostolat d'évêque sur la terre, il retient donc dans son coeur le dernier mot de sa foi; il trompe donc pour le bien son troupeau: mais enfin tromper, même pour le bien, ce n'est pas d'un parfait honnête homme.
Ou l'évêque est chrétien selon la lettre et selon l'esprit, et alors pourquoi écoute-t-il avec complaisance et approbation les doctrines très-peu chrétiennes du terroriste, et pourquoi, après l'avoir entendu se vanter du sang versé pour le peuple, ne lui propose-t-il aucune bénédiction de sa religion, et, au contraire, lui demande-t-il simplement la sienne?
C'est très-humble, mais très-peu catholique. Entre le Christ-Dieu de l'évêque et l'_idéal_ du terroriste, il y a l'infini, il y a le déisme.