‹ Cours familier de Littérature - Volume 14Chapitre 31 sur 162 · VIII.

VIII.

Dans _Cérès à Éleusis_, scène orientale, les mystères du paganisme transcendant sont décrits et sondés avec autant de poésie que d'érudition;

Puis dans _Orphée en Thrace_, morceau de haute philosophie religieuse dédié à M. de Lamartine, et dont je ne recueillis l'hommage amical que sur son tombeau.

Cette scène orientale commence cette réminiscence de nos jeunes années et de nos premiers voyages.

Qu'on me permette de la citer ici, en rejetant sur le compte de l'amitié tout ce qui m'élève à la hauteur d'Homère et d'Orphée, mais en ne rejetant rien de mon enthousiasme croissant avec les années pour Homère.

ORPHÉE EN THRACE.

À M. DE LAMARTINE,

À SAINT-POINT.

SCÈNE ORIENTALE.

«J'achève, mon cher ami, de lire l'idylle antique que vous avez intitulée _Homère_; et je me hâte de vous remercier de tout le plaisir que j'ai eu à reporter avec vous mes pensées vers ce bel Orient, où l'image et les oeuvres prétendues du chantre primitif ne m'ont jamais quitté.

«C'était bien à vous, poëte par nature, et civilisateur par votre nouvel écrit, qu'il appartenait de déposer encore une couronne sur la tombe d'un poëte, civilisateur des temps antiques, tombe perdue comme son berceau dans l'obscurité des âges.

«C'était à vous de nous expliquer le génie, devancier et dominateur des autres génies, le premier de ces révélateurs des passions de l'âme, et le plus parfait de ces consolateurs de l'infortune, à qui fut donnée la mission sublime de rappeler le genre humain à l'exécution des lois, car les poëtes des premiers âges en étaient les hérauts publics comme les plus habiles interprètes.

«Conseillers religieux et héroïques, qui se chargeaient de ramener au culte des devoirs, d'attiser le courage, d'adoucir les coutumes, de compatir au malheur, enfin d'apprivoiser pour ainsi dire, par des sons harmonieux, les oreilles inexpérimentées et sauvages encore!

«J'aime à vous voir évoquer sous nos yeux la grande ligure du poëte créateur qui enchanta ma jeunesse, et me guida dans l'Orient au vif éclat de sa lumière; j'aime également à retrouver dans son dernier historien la voix du chantre de ces _Méditations_ qui, dès leur berceau, m'apparurent sous le même ciel, et m'apportèrent, aux rives de Scio et de Smyrne, de douces et mélancoliques jouissances. Déjà, vous le savez, je me plaisais à réunir dans ma mémoire, comme ils l'étaient dans mon portefeuille oriental, les plus antiques et les plus modernes accents des muses bienfaitrices de l'humanité.

«Parmi les ombres mythologiques groupées autour d'Homère, vous avez nommé Orphée, et cité quelques lignes de mes _Épisodes littéraires_. C'en est-il assez pour m'autoriser à placer ma légende populaire du réformateur de la Thrace sous la protection de votre chronique du chantre de Méonie?

«Quoi qu'il en soit, le nom d'Orphée a mérité de briller sur ces monuments que vous érigez pour le peuple à la mémoire de ses meilleurs amis. Virgile, qui lui doit sa plus touchante inspiration, après nous avoir attendris au récit de l'amour unique et fidèle d'Orphée, nous le montre dans cette autre vie que son génie religieux et poétique révéla, et le place au premier rang des âmes sages et heureuses qui ont emporté sur les rives, éternellement paisibles, de l'Élysée, les bénédictions de la terre.

Quique suî memores alios fecere merendo.