‹ Cours familier de Littérature - Volume 14Chapitre 70 sur 162 · XX.

XX.

Cébès alors lui confie ses doutes sur l'immortalité de l'âme:

«Il me semble, dit-il, qu'en quittant le corps elle cesse d'exister; elle se dissipe comme une vapeur ou comme une fumée; elle s'évanouit sans laisser d'apparence.

«--Examinons donc, reprend Socrate, si cette immortalité est vraisemblable, ou si elle ne l'est pas.»

Il se livre ici à une longue argumentation, plus sophistique que réelle, pour prouver, à la façon des sophistes, que toute chose naît de son contraire: le jour de la nuit, la veille du sommeil, la vie de la mort, la mort de la vie.

Misérable argument, selon nous, qui repose tout entier sur une confusion de mots à double sens, comme tant de sophismes de Platon. Ces choses, en effet, le jour et la nuit, la veille et le sommeil, la vie et la mort, se _succèdent_ l'une à l'autre, mais ne procèdent pas, ne naissent pas l'une de l'autre.

Le jour ne naît pas de la nuit, car la nuit est ténèbres, et le jour lumière; la veille ne naît pas du sommeil, car la veille est l'homme éveillé, le sommeil est l'homme endormi; la vie ne naît pas de la mort, car la vie est l'absence de la mort, et la mort est la privation de la vie. Ici, comme mille et mille fois dans Platon, le philosophe trompe ses auditeurs avec des apparences de raisonnements qui ne sont pas des raisonnements sincères; aussi inclinons-nous à croire que cette preuve erronée de l'immortalité de l'âme est du disciple et non du maître. Socrate était sincère, et Platon était un discoureur.