‹ Cours familier de Littérature - Volume 14Chapitre 97 sur 162 · XVI.

XVI.

Écoutez encore; l'infanticide est à peine déguisé sous les mots:

«Les enfants, à mesure qu'ils naîtront, seront remis entre les mains des hommes et des femmes réunis, et qui auront été préposés au soin de leur éducation, car les charges publiques doivent être communes à l'un et à l'autre sexe.

«--Oui.

«--Ils porteront au bercail commun les enfants des citoyens d'élite, et les confieront à des gouvernantes qui auront leur demeure à part dans un quartier de la ville. Pour les enfants des citoyens moins estimables, et même pour ceux des autres qui auraient quelque difformité, ils les cacheront, comme il convient, dans quelque endroit secret et qu'il sera interdit de révéler.

«--Oui, si l'on veut conserver dans toute sa pureté la race des guerriers.

«--Ils veilleront à la nourriture des enfants, en conduisant les mères au bercail, à l'époque de l'éruption du lait, après avoir pris toutes les précautions pour qu'aucune d'elles ne reconnaisse son enfant; et, si les mères ne suffisent point à les allaiter, ils se procureront d'autres femmes pour cet office; et même, pour celles qui ont suffisamment de lait, ils auront soin qu'elles ne donnent pas le sein trop longtemps.»

Suivent des détails que la pudeur écarte de l'âme.

N'est-ce pas là l'origine de la plupart des utopies soi-disant maternelles de J.-J. Rousseau, ce Platon de Genève, dans l'_Émile_, le plus beau des styles, la plus contradictoire des utopies?

Les précautions que Platon décrit pour prévenir la confusion des parentés et le danger des incestes dans cette promiscuité légale des sexes, ne sont pas moins impudiques que ridicules. Oh! que la nature est un plus grand philosophe que ces sophistes!