‹ Cours familier de Littérature - Volume 15Chapitre 110 sur 193 · XVIII.

XVIII.

Le 25, la nuit est superbe; c'est un des événements de cette solitude. Voyez comme elle en jouit:

«Je regarde par ma fenêtre avant de me coucher, pour voir quel temps il fait et pour en jouir un moment, s'il est beau.

«Ce soir, j'ai regardé plus qu'à l'ordinaire, tant c'était ravissant, cette belle nuit! Sans la crainte du rhume, j'y serais encore. Je pensais à Dieu qui a fait notre prison si radieuse; je pensais aux saints qui ont toutes ces belles étoiles sous leurs pieds; je pensais à toi qui les regardais peut-être comme moi. Cela me tiendrait aisément toute la nuit; cependant il faut fermer la fenêtre à ce beau dehors et cligner les yeux sous des rideaux!

«Éran m'a apporté ce soir deux lettres de Louise. Elles sont charmantes, ravissantes d'esprit, d'âme, de coeur, et tout cela pour moi! Je ne sais pourquoi je ne suis pas transportée, ivre d'amitié. Dieu sait pourtant si je l'aime.

«Voilà ma journée jusqu'à la dernière heure. Il ne me reste que la prière du soir et le sommeil à attendre. Je ne sais s'il viendra, il est loin.

«Il est possible que Mimi vienne demain. À pareille heure, je l'aurai; elle sera là, ou plutôt nous reposerons sur le même oreiller, elle me parlant de Gaillac, et moi du Cayla.»