‹ Cours familier de Littérature - Volume 15Chapitre 120 sur 193 · XXVIII.

XXVIII.

Le 17, elle entend siffler dans la vallée au milieu du jour.

«J'écoute le berger qui siffle dans le vallon. C'est l'expression la plus gaie qui puisse passer sur les lèvres de l'homme. Ce sifflement marque un sans-souci, un bien-être, un _je suis content_ qui fait plaisir. Ces pauvres gens! il leur faut bien quelque chose: ils ont la gaieté.

«Deux petits enfants font aussi en chantant leur fagot de branches parmi les moutons. Ils s'interrompent de temps en temps pour rire ou pour jouer, car tout cela leur échappe. J'aimerais à les voir faire et à écouter le merle qui chante dans la haie du ruisseau; mais je veux lire.

«C'est Massillon que je lis depuis que nous sommes en carême. J'admire son discours de vendredi _sur la Prière_, qui est vraiment un cantique.»

Le 18 mars.

«Le berger m'a annoncé ce matin l'arrivée des bergeronnettes. Une a suivi le troupeau toute la journée: c'est de bon augure, nous aurons bientôt des fleurs. On croit aussi que ces oiseaux portent bonheur aux troupeaux. Les bergers les vénèrent comme une sorte de génie et se gardent d'en tuer aucune. Si ce malheur arrivait, le plus beau mouton du troupeau périrait.

«Je voudrais que cette naïve crédulité préservât de même tant d'autres petits oiseaux que nos paysans font périr inhumainement.