‹ Cours familier de Littérature - Volume 15Chapitre 121 sur 193 · XXIX.

XXIX.

Le printemps est tout à fait revenu. La pauvre fille s'en réjouit comme le brin d'herbe, sans savoir pourquoi, si ce n'est que la lumière est pure, et le vent tiède.

Lisez:

«J'ai failli avoir un chagrin aujourd'hui. Comme j'entrais dans ma chambre, je vis mon petit linot sous la griffe de la chatte. Je l'ai sauvé en effrayant la chatte qui a lâché prise. L'oiseau n'a eu que peur, puis il s'est trouvé si content qu'il s'est mis à chanter de toutes ses forces, comme pour me remercier et m'assurer que la frayeur ne lui avait pas ôté la voix.

«Un bouvier qui passe dans le chemin des Cordes chante aussi, menant sa charrette, mais un air si insouciant, si mou, que j'aime mieux le gazouillement du linot.

«Quand je suis seule ici, je me plais à écouter ce qui remue au dehors, j'ouvre l'oreille à tout bruit: un chant de poule, les branches tombant, un bourdonnement de mouche, quoi que ce soit m'intéresse et me donne à penser. Que de fois je me prends à considérer, à suivre des yeux de tout petits insectes que j'aperçois dans les feuillets d'un livre, ou sur les briques, ou sur la table! Je ne sais pas leur nom, mais nous sommes en connaissance comme des passants qui se considèrent le long du chemin. Nous nous perdons de vue, puis nous nous rencontrons par hasard, et la rencontre me fait plaisir; mais les petites bêtes me fuient, car elles ont peur de moi, quoique je ne leur aie jamais fait mal. C'est qu'apparemment je suis bien effrayante pour elles.

«En serait-il de même au paradis? Il n'est pas dit qu'Ève y fit jamais peur à rien. Ce n'est qu'après le péché que la frayeur s'est mise entre les créatures.

«Il faut que j'écrive à Philibert.»