‹ Cours familier de Littérature - Volume 15Chapitre 14 sur 193 · XIV.

XIV.

Ai-je besoin de noter le sophisme au milieu de ce pêle-mêle éblouissant de vérités et d'erreurs, où l'homme coupable se croit le droit de conclure à la condamnation de cette pauvre société, et le _droit de haïr_ l'homme social parce qu'il ne se sent pas capable d'être assez libre si la société ne lui fait pas place pour le droit qu'il rêve et pour l'indépendance qu'il convoite?

Il y aurait un chapitre par mot à écrire pour réfuter le forçat; M. Hugo l'a réfuté, mais en l'exécutant. L'objection reste dans sa force et surtout dans sa séduction par le talent du raisonnement. La société baisse la tête devant l'audacieux forçat.

Mais ai-je besoin de noter surtout cette admirable page qui résume tout dans ce chapitre: _Un homme à la mer?_ Ni J.-J. Rousseau, ni Lamennais, n'ont jamais écrit de ce style.

Cette longue image de quatre pages vaut tout un livre. C'est la voix de l'abîme! C'est l'agonie du désespoir sur qui pèse un monde, et à qui un poëte sublime a donné une langue semblable à celle de Job lui-même: la langue du grain de sable pensant perdu dans le monceau des hommes, des déserts et des eaux. Il faut être poëte pour sentir ce chapitre, mais il faut être plus que poëte pour l'avoir écrit. Ici et ailleurs, lorsque Victor Hugo dépeint l'homme, il invente une langue surhumaine pour hurler les lamentations de l'humanité.