‹ Cours familier de Littérature - Volume 15Chapitre 15 sur 193 · XV.

XV.

Revenons à Valjean, bon citoyen, bon commerçant, bon magistrat, et qui commence à sentir le prix d'une société qui lui garantit les fruits du travail, la liberté et la concurrence, l'inviolabilité des banques, ces réservoirs et ces dépôts du capital; toutes ces vertus qui la composent tout entière aux yeux de l'industriel enrichi.

Par une série de catastrophes et de vicissitudes facilement combinées, Valjean vertueux finit par connaître, plaindre et protéger Fantine. Elle meurt dans ses bras, elle lui lègue _Cosette_, cette enfant abandonnée par force dans l'auberge des Thénardier. Ceux-ci refusent longtemps de la rendre, dès qu'ils savent que Jean Valjean ou M. Madeleine désire la racheter d'eux: faire _chanter_ la nature, c'est le chef-d'oeuvre des avares et des scélérats, c'est la question donnée aux coeurs d'une mère et d'un père.

Ces Thénardier sont des demi-coquins, introduits comme machine à drame dans le roman. Ils suivent les armées de l'Empire, comme des corbeaux, pour dépouiller les morts. À Waterloo, ils ont fait une riche moisson; ils ont recruté un vieux colonel de l'Empire évanoui, en lui enlevant ses habits. Le colonel s'imagine qu'il leur doit la vie. Il le dit à son fils plus tard, et lui fait promettre de sauver un jour ses sauveurs, s'il vient à les découvrir jamais.

Notez ceci dans votre mémoire, car c'est le _deus ex machina_ de la pièce. Cela donne lieu à des scènes peu vraisemblables, tirées par les cheveux, mais dramatiques et dignes d'un grand maître de larmes, par le pathétique des situations et par la naïveté des amours qui en sont la suite. Passez l'invraisemblable à J.-J. Rousseau ou à Victor Hugo, vous n'avez plus que des chefs-d'oeuvre.