XVII.
Mais il y a dans l'âme de Mlle de Guérin un principe de vie et d'immortalité qui n'existe pas dans les héroïnes de Walter Scott: c'est le mysticisme catholique exalté, qui donne la vie, la sainteté, l'émotion sacrée du martyre à la jeune châtelaine du Cayla, et la poésie profonde du coeur, qui élève ses confidences à la hauteur des écrivains ascétiques les plus éloquents; c'est l'huile onctueuse de cette lampe que le dieu du passé s'est allumée à lui-même dans les ruines de son sanctuaire démoli.
Que l'on croie ou que l'on ne croie pas à la lettre les symboles de sa foi, on doit reconnaître qu'ils impriment à tout ce qu'elle sent, à tout ce qu'elle pense, à tout ce qu'elle écrit, un caractère de surnaturel et de sincérité qui en fait le charme. Sans doute il y a là, comme dans le livre de l'_Imitation_ qui touche exclusivement au cénobitisme monacal, quelques signes de superstition qu'on regrette d'y voir; c'est trop puéril ou trop âpre. On voudrait que la raison humaine tempérât davantage ces pieuses crédulités du couvent; mais, à mesure qu'elle avance dans la vie, cette foi, au lieu de s'isoler et de s'aigrir, s'adoucit visiblement. Le contact avec le monde, qui pénètre dans sa solitude avec son frère et les amis de son frère, leur doute, leur changement d'opinion, même quand ils habitent avec ce féroce esprit, l'abbé de Lamennais, qui avait des fanatismes éloquents pour toutes les causes et qui ne permettait le doute à personne, parce qu'il ne permettait de douter de rien pendant qu'il affirmait lui-même, génie de l'expression, né pour être le prophète de toutes les persécutions comme saint Paul, ou pour le christianisme ou contre lui; tout cela avait évidemment agi sur Mlle de Guérin. Son imagination était restée pieuse, sa raison était devenue tolérante; elle n'avait gardé de ses premières doctrines que l'amour qui les sanctifie toutes. C'était l'imagination de saint Jean qui ne savait qu'un mot, _aimer_!