‹ Cours familier de Littérature - Volume 15Chapitre 4 sur 193 · IV.

IV.

Au second volume, une scène d'enfant, ce privilége du talent de l'écrivain, est dessinée avec amour. Sur le seuil d'une auberge de campagne, deux petites filles, l'une de deux ans, l'autre de dix-huit mois, se balancent aux rayons du soleil couchant sur une escarpolette d'anneaux de fer placés sous une charrette; l'aubergiste, assis sur sa porte, les berce avec une ficelle attachée à sa main, et les fait crier de joie à chaque gémissement métallique de l'escarpolette improvisée.

De la chair fraîche et du fer rouillé, voilà encore une antithèse. C'est une de ces scènes faites de rien, mais décrites avec la minutie savante de Meissonnier, et vues avec l'oeil d'une mère, scènes à l'aide desquelles Hugo grave pour l'éternité dans l'oeil et dans la mémoire de son lecteur une rencontre dont il veut qu'on se souvienne. Heureux qui sait peindre! Cela prouve qu'il a senti.

Souvenez-vous de ces vers délicieux de douleur, dans lesquels le grand poëte pense à sa fille et à son gendre noyés dans la Seine en se baignant près de Rouen; l'une par imprudence, l'autre pour ne pas survivre à son amour!--Qui peut oublier ces couleurs trempées et délayées dans des larmes chaudes?

Ainsi est en prose la scène de devant l'auberge. Les deux enfants étaient à l'aubergiste. Une autre femme, toute jeune encore, s'avançait à ce spectacle, portant un sac de nuit et un autre enfant.