III.
Cette longue pièce à tiroir est trop minutieusement étudiée pour le roman et même pour l'histoire. Gavroche assaisonne de calembours les coups de feu. Il y a beaucoup de Don Quichote dans ces héros, quelques bacheliers de Salamanque, et pas mal de Gil Blas.
Marius, devenu tout à coup philosophe radical, joue d'inspiration un hymne à la guerre civile. On ne peut pas discuter avec Marius: il a un tourbillon dans la tête, une amante perdue dans le coeur, un baril de poudre sous la main dans la barricade, la mèche au poing pour faire sauter vainqueurs et vaincus si la victoire hésite.
Éponine reçoit un coup de feu qui était destiné à Marius. Elle meurt en lui avouant son amour. Gavroche, le gamin de Paris, meurt en brave et en chantant un refrain contre les gendarmes. Un billet de Cosette, retrouvé sur la poitrine d'Éponine, apprend à Marius qu'elle loge avec son père à deux pas de là, rue de l'Homme-Armé, nº 7.
Tout ce pêle-mêle de grisettes, de filles perdues, de vieillards désespérés, d'étudiants goguenards, de philosophes radicaux, de braves rêveurs, de héros sans cause, est d'un mouvement désordonné qui peint bien l'imagination populaire un jour de révolution.
Marius succombe à la fin, le dernier, dans son fossé de feu; on l'emporte au cabaret. Valjean le reconnaît et le fait disparaître, par un trou dans le pavé, sous les solitudes des égouts de Paris. En même temps il sauve la vie à Javert, son persécuteur et son prisonnier.