IV.
Ici un tiroir, bien plus vaste et bien plus étranger au roman ou à l'épopée que les autres, forme sous les pas du lecteur comme une trappe et le conduit, pendant je ne sais combien de pages, jusqu'à la Seine.
L'architecte des égouts de Paris n'en ferait pas un plan plus détaillé, et on peut dire plus hors d'oeuvre. C'est un voyage à travers la boue, où le lecteur s'embourbe avec l'architecte. Cela dure, pendant des pages et des pages, à la manière de Mercier, dans son _Tableau de Paris_.
Valjean trouve à l'embouchure tous les personnages dont le roman a besoin pour se dénouer: Javert, qui l'a suivi, invisible, et qui croit tenir en lui un assassin emportant un cadavre accusateur à la rivière; Thénardier, qui erre aussi dans ces parages et qui lui en donne la clef; Marius, évanoui sur ses épaules, qu'il couche sur la plage et qu'il rapporte ensuite à son grand-père, sans se faire connaître. L'honnête agent de police Javert, combattu entre sa reconnaissance pour Valjean, par qui il a été sauvé, et le remords de son métier qui crie en lui, se débarrasse de lui-même en se jetant dans la Seine et en se noyant pour se tirer d'embarras.
Cet égout, ces rencontres, ces complications, ces dénoûments, ressemblent infiniment trop au boulevard du Crime. Le roman finit en mélodrame souterrain. C'est du Pixerécourt, mais toujours écrit par le génie du grand écrivain qui, comme sa lanterne sourde, le suit partout.
Enfin le grand-père pardonne à Marius expirant, le fait soigner, le marie inopinément à ce qu'il aime, débite l'épithalame à table avec Valjean, étonné de ce jargon démocratique dans une bouche de bonne compagnie.
On s'épouse, on reçoit les 730,000 francs de Valjean pour dot, on est heureux; mais Valjean, honnête homme un peu tard, finit par confesser tout bas à son gendre Marius qu'il n'est qu'un forçat et qu'il lui a fait épouser une aventurière. Il meurt ensuite dans son bouge de solitaire, et l'on est parfaitement heureux chez Marius.