‹ Cours familier de Littérature - Volume 16Chapitre 1 sur 112 · I.

I.

De tous les hommes qui ont illustré leur nom dans les oeuvres de l'esprit, le Tasse est peut-être celui dont la vie et l'oeuvre se confondent le mieux dans une conformité plus complète. Son oeuvre est un poëme, sa vie une poésie: en lui naissance, patrie, nature, génie, vie, amour, infortune et mort, tout est d'un poëte. On ne sait, quand on le lit, si c'est l'homme qui est le poëme ou si c'est le poëme qui est l'homme. Nous allons écrire son histoire le plus poétiquement aussi que nous le pourrons; d'une main qui dans un autre âge écrivit des vers; mais nous n'ajouterons aucune circonstance ou aucune couleur imaginaire à la merveilleuse vérité de ce récit. Les études de vingt ans d'un de ces hommes studieux que l'enthousiasme attache aux grandes renommées avec une sorte de piété littéraire comme la curiosité attache certains érudits à la pierre sépulcrale des vieilles tombes pour déchiffrer des épitaphes, M. Black, et nos propres recherches en Italie pendant de longues années de loisir, nous ont révélé sur la vie aventureuse et mystérieuse du Tasse tout ce qui avait été jusqu'ici énigme, conjecture ou préjugé historique. Ce récit en sera peut-être moins romanesque, mais quel roman eut jamais l'intérêt de la vérité? M. Black, guidé par la vie du Tasse, écrite en 1600 par le marquis Manso, qui avait connu et aimé le poëte, et par l'histoire plus récente de l'abbé Serassi, a suivi trace à trace, dans toutes les archives et dans toutes les bibliothèques d'Italie, pendant dix ans, les moindres lueurs de vérité qui pouvaient recomposer le vrai jour sur la vie de son héros; moi-même, une sorte de piété semblable à une parenté des âmes m'attira de bonne heure vers ce nom comme un pèlerin vers un sépulcre. C'est d'un sépulcre en effet que naquit en nous ce premier culte de mon imagination et de mon coeur pour le chantre de _à Jérusalem délivrée_.