II.
Un soir d'automne de l'année 1812 je visitais pour la première fois Rome, ville presque déserte alors par l'enlèvement du pape et par la dispersion des pontifes de l'Église romaine, que Napoléon avait emprisonnés à Savone. On ne rencontrait dans les rues que des soldats français du général Miollis, gouverneur de Rome, et des bandes de pauvres moines affamés portant la pioche ou roulant la brouette pour gagner quelques _baïoques_ (monnaie romaine) en déblayant les monuments de l'antiquité de leur propre ville, à la solde des barbares étrangers. C'était la dispersion de Babylone par la main de ce même guerrier que le pape avait si docilement couronné pour appuyer son autel sur le trône. J'ai revu bien souvent depuis la Ville éternelle, mais jamais sa physionomie désolée ne me parut convenir davantage qu'alors à la mélancolie de son nom. Rome est le sépulcre du passé; les sépulcres doivent être dans les solitudes, le bruit et les pompes du monde sur un tombeau sont des contre-sens qui choquent l'âme. L'Italie est en deuil des religions et des empires, le bruit et la joie attristent dans cette maison de douleur.