‹ Cours familier de Littérature - Volume 16Chapitre 49 sur 112 · XIV.

XIV.

M. de Chateaubriand l'a jugé avec plus de sévérité que nous, parce qu'il était peut-être plus critique et moins poëte que le Tasse.

«Il n'y a, dit-il, dans les temps modernes que deux beaux sujets de poëme épique, les _Croisades_ et la _Découverte du nouveau monde_. Malfilâtre se proposait de chanter la dernière; les Muses regrettent encore que ce jeune poëte ait été surpris par la mort avant d'avoir exécuté son dessein. Toutefois ce sujet a, pour un Français, le défaut d'être étranger. Or c'est un autre principe de toute vérité, qu'il faut travailler sur un fond antique, ou, si l'on choisit une histoire moderne, qu'il faut chanter sa nation.

«Les croisades rappellent la _Jérusalem délivrée_: ce poëme est un modèle parfait de composition. C'est là qu'on peut apprendre à mêler les sujets sans les confondre; l'art avec lequel le Tasse vous transporte d'une bataille à une scène d'amour, d'une scène d'amour à un conseil, d'une procession à un palais magique, d'un palais magique à un camp, d'un assaut à la grotte d'un solitaire, du tumulte d'une cité assiégée à la cabane d'un pasteur; cet art, disons-nous, est admirable. Le dessin des caractères n'est pas moins savant; la férocité d'Argant est opposée à la générosité de Tancrède, la grandeur de Soliman à l'éclat de Renaud, la sagesse de Godefroi à la ruse d'Aladin; il n'y a pas jusqu'à l'ermite Pierre, comme l'a remarqué Voltaire, qui ne fasse un beau contraste avec l'enchanteur Ismen. Quant aux femmes, la coquetterie est peinte dans Armide, la sensibilité dans Herminie, l'indifférence dans Clorinde. Le Tasse eût parcouru le cercle entier des caractères de femmes, s'il eût représenté la _mère_. Il faut peut-être chercher la raison de cette omission dans la nature de son talent, qui avait plus d'enchantement que de vérité, et plus d'éclat que de tendresse.

«Homère semble avoir été particulièrement doué de génie, Virgile de sentiment, le Tasse d'imagination. On ne balancerait pas sur la place que le poëte italien doit occuper, s'il faisait quelquefois rêver sa Muse, en imitant les soupirs du cygne de Mantoue. Mais le Tasse est presque toujours faux quand il fait parler le coeur; et, comme les traits de l'âme sont les véritables beautés, il demeure nécessairement au-dessous de Virgile.

«Au reste, si la _Jérusalem_ a une fleur de poésie exquise, si l'on y respire l'âge tendre, l'amour et les déplaisirs du grand homme infortuné qui composa ce chef-d'oeuvre dans sa jeunesse, on y sent aussi les défauts d'un âge qui n'était pas assez mûr pour la haute entreprise d'une épopée. L'octave du Tasse n'est presque jamais pleine; et son vers, trop vite fait, ne peut être comparé au vers de Virgile, cent fois retrempé au feu des Muses. Il faut encore remarquer que les idées du Tasse ne sont pas d'une aussi belle _famille_ que celles du poëte latin. Les ouvrages des anciens se font reconnaître, nous dirons presque, à leur _sang_. C'est moins chez eux, ainsi que parmi nous, quelques pensées éclatantes, au milieu de beaucoup de choses communes, qu'une belle troupe de pensées qui se conviennent, et qui ont toutes comme un air de parenté: c'est le groupe des enfants de Niobé, nus, simples, pudiques, rougissants, se tenant par la main avec un doux sourire, et portant pour seul ornement dans leurs cheveux une couronne de fleurs.

«D'après la _Jérusalem_, on sera du moins obligé de convenir qu'on peut faire quelque chose d'excellent sur un sujet chrétien. Et que serait-ce donc, si le Tasse eût osé employer les grandes machines du christianisme? Mais on voit qu'il a manqué de hardiesse. Cette timidité l'a forcé d'user des petits ressorts de la magie, tandis qu'il pouvait tirer un parti immense du tombeau de Jésus-Christ qu'il nomme à peine, et d'une terre consacrée par tant de prodiges. La même timidité l'a fait échouer dans son _ciel_. Son _enfer_ a plusieurs traits de mauvais goût. Ajoutons qu'il ne s'est pas assez servi du mahométisme, dont les rites sont d'autant plus curieux qu'ils sont peu connus. Enfin il aurait pu jeter un regard sur l'ancienne Asie, sur cette Égypte si fameuse, sur cette grande Babylone, sur cette superbe Tyr, sur les temps de Salomon et d'Isaïe. On s'étonne que sa muse ait oublié la harpe de David, en parcourant Israël. N'entend-on plus sur le sommet du Liban la voix des prophètes? Leurs ombres n'apparaissent-elles pas quelquefois sous les cèdres et parmi les pins? Les anges ne chantent-ils plus sur Golgotha, et le torrent de Cédron a-t-il cessé de gémir? On est fâché que le Tasse n'ait pas donné quelque souvenir aux patriarches: le berceau du monde, dans un petit coin de la _Jérusalem_, ferait un assez bel effet.»

Ce jugement est d'un chrétien plus que d'un poëte. Un poëte aurait oublié le sujet pour adorer les détails. Nous n'en citerons que deux, qui n'ont rien qui les dépasse en grâce et en mélancolie dans aucun poëme épique: la fuite d'Herminie du champ de bataille, au sixième chant, et la mort de Clorinde au douzième.

Nous emprunterons, pour ces citations, la seule traduction peut-être qui ait égalé jamais et quelquefois surpassé en goût le modèle; c'est celle du consul Lebrun, homme de lettres studieux et exquis, avant d'être homme d'État et collègue de Bonaparte à la première magistrature de la république.

«Cependant la belle Herminie est emportée par son cheval dans l'épaisseur d'une antique forêt: sans sentiment et presque sans vie, ses mains tremblantes laissent flotter ses guides: le coursier fuit et se précipite par mille sentiers, par mille détours; enfin les chrétiens la perdent de vue et leur poursuite est inutile.

«Pleins de colère, la honte sur le front, épuisés de lassitude, ils reviennent à leur poste: tels, après une chasse longue et pénible, des chiens qui ont perdu dans les bois la trace de la bête qu'ils poursuivaient, reviennent haletants, l'oeil morne et la tête baissée: cependant la princesse fuit toujours; craintive, éperdue, elle n'ose regarder en arrière si on la suit encore.

«Elle fuit toute la nuit; tout le jour elle erre sans conseil et sans guide: elle ne voit que ses larmes, elle n'entend que ses cris: enfin, au moment où le soleil détèle ses coursiers et se plonge dans l'Océan, elle arrive sur les bords du Jourdain, met pied à terre et se couche sur le sable.

«Elle ne se repaît que de ses maux, elle ne s'abreuve que de ses larmes: mais le sommeil, ce doux consolateur des humains, qui leur apporte le repos et l'oubli de leurs peines, vient assoupir ses sens et ses douleurs et la couvre de ses ailes bienfaisantes. Cependant l'amour, sous mille formes différentes, trouble encore la paix de son coeur.

«Le gazouillement des oiseaux qui saluent l'aurore, le fleuve qui murmure, le zéphyr qui se joue avec les ondes et soupire à travers les feuillages, la réveillent aux premiers rayons du jour: elle ouvre des yeux languissants et promène ses regards sur les asiles solitaires des bergers; elle croit entendre une voix qui la rappelle à la douleur et aux larmes.

«Elle pleure; mais tout à coup ses gémissements sont interrompus par des chants qui se mêlent aux accords des musettes champêtres; elle se lève et se traîne à pas lents vers l'endroit d'où viennent ces sons; elle voit un vieillard assis à l'ombre et travaillant une corbeille d'osier; son troupeau paît auprès de lui, et son oreille est attentive aux chants de trois jeunes bergers qui l'entourent.

«À la vue soudaine d'armes inconnues, ils se troublent et s'effrayent; mais Herminie les salue, les rassure, découvre ses beaux yeux et sa blonde chevelure: Heureux bergers, leur dit-elle, continuez vos jeux et vos ouvrages; ces armes ne sont point destinées à troubler vos travaux ni vos chants.

«Ô vieillard, ajoute-t-elle, comment, au milieu du vaste incendie qui dévore ces contrées, êtes-vous en paix dans cet asile, sans craindre la guerre et ses fureurs? Il lui répond: Ô mon fils, ma famille et mes troupeaux ont toujours été à l'abri des injures et des outrages, et le bruit des combats n'a point encore troublé notre retraite.

«Peut-être le ciel propice veille sur l'humble innocence et la protége; peut-être que, semblable à la foudre qui épargne les vallons et ne frappe que la cime des montagnes, la fureur de ces étrangers n'écrase que la tête altière des rois. Notre pauvreté vile et méprisée ne tente point l'avidité du soldat.

«Pauvreté vile et méprisée, et cependant si chère à mon coeur! Je ne désire ni les sceptres ni les trésors; les soucis de l'ambition ou de l'avarice n'habitent point dans mon âme; une onde pure me désaltère, et je ne crains point qu'une main perfide y mêle des poisons; mes brebis, mon jardin, fournissent à ma table frugale des mets qui ne me coûtent que des soins.

«Comme nos besoins, nos désirs sont bornés; mes enfants gardent mon troupeau, et je ne dois rien à des mains mercenaires. Les chevreaux qui bondissent dans la plaine, les poissons qui se jouent dans les ondes, les oiseaux qui étalent au soleil leur superbe plumage, voilà mes spectacles et mes plaisirs.

«Il fut un temps où, séduit par les illusions de la jeunesse, je connus d'autres désirs; je dédaignai la houlette des bergers et je fuis loin des lieux qui m'avaient vu naître: je vécus à Memphis; je fus admis dans le palais des rois; quoique intendant des jardins, je vis, je connus la cour et ses injustices.

«Jouet longtemps d'une trompeuse espérance, je souffris les rebuts et les dégoûts; enfin mes beaux jours s'écoulèrent, et avec eux mon espoir et mon ambition. Je pleurai les loisirs de cette vie simple et paisible; je soupirai après le repos que j'avais perdu; je dis enfin: Adieu, grandeur! adieu, palais! et, rendu à nos bois, j'y retrouvai la paix et le bonheur.

«Pendant qu'il parle, Herminie attentive recueille un discours dont la douceur l'enchante; la sagesse du vieillard pénètre son coeur et calme l'orage de ses sens. Enfin, après de longues réflexions, elle se détermine à s'arrêter dans cette solitude, au moins jusqu'à ce que la fortune favorise son retour.

«Ô mortel trop heureux d'avoir connu la disgrâce, si le ciel ne t'envie point la douce destinée dont tu jouis, aie pitié de mes malheurs! Reçois-moi dans ce fortuné séjour; je veux y vivre avec toi; peut-être sous ces ombrages mon coeur se soulagera du poids mortel qui l'accable.

«Si, comme le stupide vulgaire, tu étais avide de cet or, de ces pierreries qu'il adore, tu pourrais avec moi satisfaire tes désirs. À ces mots des larmes s'échappent de ses yeux; elle raconte une partie de ses infortunes et le berger attendri mêle ses pleurs avec les siens.

«Ensuite il la console et l'accueille avec la tendresse d'un père; il la conduit sous sa chaumière auprès d'une vieille épouse à qui le ciel fit un coeur comme le sien; la fille des rois revêt de rustiques habits; un voile grossier couvre ses cheveux; mais son regard, son maintien, tout dit qu'elle n'est point une habitante des bois.

«Ces vils habits n'éclipsent point son éclat, sa fierté, sa noblesse; la majesté brille encore sur son front au milieu des plus humbles emplois; la houlette à la main, elle conduit les troupeaux et les ramène; sa main exprime le suc de leurs mamelles et presse le laitage.

«Souvent, pendant que ses brebis, couchées à l'ombre, évitent l'ardeur du soleil, elle grave des chiffres amoureux sur l'écorce des lauriers et des hêtres; elle y retrace l'histoire et les malheurs de sa flamme; en parcourant les traits que sa main a formés, un torrent de larmes inonde ses joues.

«Elle dit en pleurant: Arbres confidents de mes peines, conservez l'histoire de mes douleurs! Si jamais un fidèle amant vient reposer sous votre ombre, sa pitié s'éveillera à la vue de mes tristes aventures; il dira sans doute: Ah! l'amour et la fortune payèrent trop mal tant de constance et de fidélité!

«Peut-être, si le ciel daigne écouter les prières des mortels, peut-être l'insensible, un jour, viendra dans ces bois; il tournera ses regards sur la tombe qui renfermera ma froide et triste dépouille, et il donnera enfin à mes malheurs quelques soupirs et quelques larmes, hélas! trop tardives.

«Du moins, si je vécus infortunée, quelque félicité suivra mon ombre: mes cendres éteintes jouiront d'un bonheur que je n'ai pu goûter. Ainsi parlait cette amante égarée aux arbres insensibles et sourds. Deux ruisseaux de larmes coulaient de ses yeux. Cependant Tancrède, que le hasard conduit, va la chercher loin des lieux qui la cachent.

«Les traces qu'il a suivies ont dirigé sa course dans la forêt: mais des ombres épaisses y répandent l'horreur et les ténèbres: il ne peut plus reconnaître les vestiges; il s'abandonne à ses incertitudes; toujours son oreille attentive cherche à démêler, ou le bruit des armes, ou le bruit des chevaux.

«Si le vent murmure à travers les feuilles, si quelque oiseau, quelque bête sauvage agitent les rameaux, il croit entendre son amante: il la cherche, et soupire après l'avoir cherchée en vain. Il sort enfin de la forêt; un bruit sourd se fait entendre; la clarté de la lune le conduit par des routes inconnues vers les lieux d'où ces sons semblent partir.

«Il y arrive, et voit du sein d'un rocher jaillir une onde claire et limpide, qui se précipite et roule avec un doux murmure sur un lit bordé de gazon: en proie à sa douleur, il s'arrête, il jette un cri; l'écho seul y répond; enfin l'aurore se lève, etc., etc.»

Si l'on ajoute à cette situation et à ces images la mélodie évanouie des stances, trouvera-t-on dans Homère ou dans Virgile un plus délicieux contraste des champs de bataille et de la nature pastorale?

Le baptême et la mort de Clorinde, tuée dans un combat de nuit par la main de Tancrède qui l'adore, et de qui elle reçoit la mort au lieu de l'amour, ne le cède en pathétique à aucune scène des grandes épopées, et ici ce pathétique est chrétien par l'immortelle vie que l'amant meurtrier apporte à son amante avec l'eau du baptême dans son casque. Lisons encore:

«À l'instant la colère se rallume et le combat se ranime: quel combat! leurs forces sont éteintes, ils ne connaissent point l'adresse, il ne leur reste que la rage: ils se déchirent. Sanglants, couverts de blessures, ils ne tiennent plus à la vie que par leur fureur.

«Telle on voit la mer Égée, lorsque les vents qui soulevaient ses flots sont rentrés dans leurs grottes profondes: le calme ne règne point encore sur son sein, et ses ondes obéissent toujours au mouvement dont elles furent agitées. Tels les deux guerriers, quoique épuisés et sans vigueur, sentent encore l'impulsion de leur fureur première.

«Mais enfin l'heure fatale qui doit finir la vie de Clorinde est arrivée: Tancrède atteint son beau sein de la pointe de son épée. Le fer s'y enfonce et s'abreuve de son sang, l'habit qui couvre sa gorge délicate en est inondé: elle sent qu'elle va mourir; ses genoux fléchissent et se dérobent sous elle.

«Tancrède poursuit sa victoire; et, la menace à la bouche, il la pousse, il la presse; elle tombe: mais dans le moment un rayon céleste l'éclaire; la vérité descend dans son coeur, et d'une infidèle en fait une chrétienne. D'une voix mourante, elle prononce en tombant ces paroles dernières:

«Ami, tu as vaincu; je te pardonne: toi-même, pardonne à mon malheur. Je ne te demande point de grâce pour un corps qui bientôt n'a plus rien à craindre de tes coups; mais aie pitié de mon âme. Que tes prières, qu'une onde sacrée versée par tes mains, lui rendent le calme et l'innocence. Ces tristes et douloureux accents retentissent au coeur de Tancrède, le pénètrent, éteignent son courroux et de ses yeux arrachent des larmes involontaires.

«Non loin de là un ruisseau jaillit en murmurant du sein de la montagne: il y court, il y remplit son casque et revient tristement s'acquitter d'un saint et pieux ministère. Il sent trembler sa main, tandis qu'il détache le casque et qu'il découvre le visage du guerrier inconnu: il la voit, il la reconnaît; il reste sans voix et sans mouvement: ô fatale vue! funeste reconnaissance!

«Il allait mourir; mais soudain il rappelle toutes ses forces autour de son coeur: étouffant la douleur qui le presse, il se hâte de rendre à son amante une vie immortelle pour celle qu'il lui a ôtée. Au son des paroles sacrées qu'il prononce, Clorinde se ranime; elle sourit, une joie calme se peint sur son front et y éclaircit les ombres de la mort. Elle semblait dire: Le ciel s'ouvre et je m'en vais en paix.

«Sur ses joues la pâleur des violettes se mêle à la blancheur des lis: elle fixe ses yeux éteints vers le ciel, et, soulevant sa main froide et glacée, elle la présente comme un gage de paix à son amant. Dans cette attitude, elle expire et paraît s'endormir.

«À cet aspect, les forces que Tancrède avait recueillies le quittent et l'abandonnent: il se remet tout entier sous la main de la douleur qui serre son coeur et le glace. La mort est sur son front et dans tous ses sens. Immobile, sans couleur et sans voix, rien ne vit plus en lui que son désespoir.

«Les derniers liens qui arrêtaient son âme se brisaient l'un après l'autre: elle allait suivre l'âme de son amante, quand le hasard ou le besoin amena dans ces lieux une troupe de chrétiens.

«Le chef reconnaît le héros à ses armes: il accourt; il reconnaît aussi Clorinde, et son coeur est percé de douleur. Sans la croire chrétienne, il ne veut pas laisser ce beau corps à la fureur des bêtes farouches: il les fait porter l'un et l'autre sur les bras de ses soldats, et marche à la tente de Tancrède.

«Dans ce mouvement lent et tranquille, le guerrier ne reprend point encore l'usage de ses sens; mais de faibles soupirs prouvent qu'il conserve un reste de vie. Le corps de son amante, immobile et glacé, porte partout l'empreinte du trépas. Enfin on les dépose l'un et l'autre dans une tente séparée.»

De telles citations suffisent pour donner à ceux à qui la langue du Tasse est étrangère de quoi pressentir le génie de son poëme. On conçoit la popularité d'une pareille poésie dans un siècle où le fanatisme des croisades n'était pas encore éteint, où les traditions de la chevalerie subsistaient encore, et où la passion poétique de la renaissance italienne faisait des poëtes tels que Dante, Pétrarque, le Tasse, les véritables héros de l'esprit humain.

Le Tasse jouissait complétement de sa gloire; l'envie ne l'avait pas poursuivi jusque-là; sa mélancolie s'affaiblissait en lui avec l'âge et avec la vie. Il savourait au sein de l'amitié ces heures plus calmes du soir que la Providence semble réserver aux grands hommes malheureux comme une compensation de leurs traverses, et comme une aube de leur immortalité.