‹ Cours familier de Littérature - Volume 16Chapitre 8 sur 112 · VIII.

VIII.

Il est rare (nous l'avons déjà remarqué ailleurs) qu'un grand homme, surtout dans les lettres, où la fortune n'est pour rien dans la gloire, il est rare qu'un grand homme sorte tout à coup de lui-même comme un hasard sans précédent et sans préparation d'une famille illettrée. Le génie semble s'accumuler et s'amonceler lentement, successivement et presque héréditairement pendant plusieurs générations dans une même race par des prédispositions et des manifestations de talents plus ou moins parfaits, jusqu'au degré où il éclôt enfin dans sa perfection dans un dernier enfant de cette génération prédestinée au génie; en sorte qu'un homme illustre n'est en réalité qu'une famille accumulée et résumée en lui, le dernier fruit de cette séve qui a coulé de loin dans ses veines. Ce phénomène du génie hérité, accumulé, croissant et enfin fructifiant dans un grand homme frappe l'esprit en étudiant, dans l'histoire ou dans la biographie, les origines morales des hommes supérieurs. Une famille n'arrive pas à la gloire du premier coup; il y a croissance dans la famille comme dans l'individu; la nature procède par développement successif et non par explosions soudaines; un génie qui se croit né de lui-même est né du temps; ce phénomène se remarque également dans le Tasse.