‹ Cours familier de Littérature - Volume 16Chapitre 9 sur 112 · IX.

IX.

La famille _dei Tassi_, qui devait produire un jour le plus grand poëte épique, héroïque et chevaleresque de l'Italie, était originaire du pays qui enfanta aussi Virgile. Les Tassi, race noble et militaire, déjà connus au douzième siècle, avaient leur château dans les environs de Bergame, non loin de Mantoue, terre féconde, qui ne paraît pas, au premier aspect, favorable à l'imagination, mais qui voit d'en bas les Alpes d'un côté, les Apennins de l'autre, et à qui ces deux hauts horizons noyés dans un ciel limpide inspirent on ne sait quelle grandeur et quelle élévation sereines, qu'on retrouve dans Virgile, dans le Tasse, dans Pétrarque, tous poëtes de la basse Italie.

Les ancêtres du poëte étaient seigneurs de Cornello, château fort situé sur une montagne du versant des Alpes non loin de Bergame. Après la fin des guerres civiles ils étaient descendus à Bergame, où leur famille subsiste encore aujourd'hui. Le père du poëte s'appelait _Bernardo Tasso_, il était né en 1493; orphelin de bonne heure, et sans fortune, il fut élevé par un de ses oncles, évêque de Ricannoti. Ses progrès dans les lettres et surtout dans la poésie furent rapides; les vers écrits par lui avant l'âge de dix-huit ans peuvent rivaliser avec ceux de son fils. L'évêque de Ricannoti, ayant péri par la main d'un assassin en 1520, laissa Bernardo sans appui; il entra comme tous les gentilshommes sans autre fortune que son talent et son épée au service de Guido Rangoni, général des armées du pape. Il fut envoyé par Rangoni et par le Pontife à Paris pour solliciter du roi François Ier l'envoi d'une armée en Italie au secours du pape emprisonné par les Impériaux. Il réussit dans son ambassade. Après la malheureuse expédition de François Ier, Bernardo entra au service de la duchesse de Ferrare; il était épris alors d'une beauté célèbre dans ces cours, Ginevra Malatesta, célébrée aussi par l'Arioste et par tous les poëtes du temps comme l'Hélène sans tache de l'Italie. Bernardo osait aspirer à la main de Ginevra. Le choix qu'elle fit d'un autre époux l'attrista sans décourager son admiration pour elle; il lui demande dans ses odes désintéressées de lui permettre seulement de l'adorer de loin jusqu'à la mort et de lui promettre dans une autre vie le retour platonique de la passion qu'il lui a vouée sur la terre. Ces poésies sont un cadre digne du nom et de la merveilleuse beauté de Ginevra; on voit que les amours malheureux pour les princesses étaient un exemple de père en fils dans la maison des Tassi.